Un Espoir de Wendy Beckett, traduction de Dominique Hollier, mise en scène de Diana Iliescu

Un  Espoir de Wendy Beckett, traduction de Dominique Hollier, mise en scène de Diana Iliescu

 Minette, pour ne pas dire vraiment : « maman » et Deidre, sa fille adoptée (qu’elle a dotée d’un prénom  signifiant: « douleur, danger, ou mélancolie », vivent ensemble, plutôt bien, cahin-caha. Mais une ombre plane, une «harpie », une divinités maudite de la mythologie grecque portant la vengeance, et soupçonnée d’enlever des jeunes filles… Au début de la pièce, elle passe, discrète sous son plumage sombre, prêtant ses griffes aux petites querelles.
Rien de grave : quelle différence entre une mère naturelle et une mère adoptante ? Surtout comme ici où elle est une femme seule qui fait ce qu’elle peut pour ne pas le rester, même si sa fille tolère mal l’intrusion possible d’un inconnu dans la maison. Rivales, aussi, au moment où l’adolescente devient femme. Quelle garantie d’avenir pour elles, quand les tensions deviennent trop fortes ? Et ce duo est un trio, et qu’on ne peut effacer la réalité de la mère de naissance. Comment cette réalité va-t-elle se manifester (ou non) on ne vous le «spoilera» pas.

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La pièce fondée sur une sérieuse analyse psychologique avec ce qu’il faut d’humour, est juste et efficace. Pourquoi la mère insiste sur le fait que sa fille est « adoptive » ? Pour sauvegarder sa jeunesse de femme? Pour s’alléger d’un poids qu’elle s’est donné ? Ou pour se charger, à l’inverse, de cette bonne action ? L’ambiguïté de l’adjectif dit quelque chose. Sa fille est adoptée et elle-même est adoptante mais toutes les deux sont « adoptives » : le suffixe (auquel on est trop habitué pour le remarquer) indique justement un processus en cours. On n’en n’a jamais fini avec l’adoption, comme avec la filiation.
Les interprètes sont parfaites : Sandrine Seubille, en mère jeune encore, sur qui pèse cet «encore », Jenny Trehoux, en adolescente tendre, de bonne volonté, à la fois attachée à l’enfance et avide de liberté et Christine Gagnepain, en mère de naissance cachée, armée de son seul regard… Les rôles sont bien dessinés, le jeu sincère et engagé : on y croit, on les suit. En un mot, on les aime. Et tant pis pour le reste : un décor minimal, sans être vraiment minimaliste (la pièce a été jouée dans de petits lieux), un titre trop vaste pour le sujet proposé et qui n’attire donc pas, même s’il est accompagné d’un sous-titre: Les trois reflets d’une adoption. Il faut aller voir ces actrices d’autant plus épatantes, que, justement, elles ne jouent pas «à l’épate ».

 Christine Friedel

La Scène Libre, 4 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème), jusqu’au 27 septembre. T. : 01 42 38 97 14.


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