Festival d’Avignon
1,2,3 Poquelin d’après Molière, adaptation et mise en scène du collectif tg STAN

Ce collectif belge a posé ses tréteaux à la Carrière de Boulbon, lieu exceptionnel de beauté minérale… Il nous invite ici à un parcours jouissif et décalé de l’œuvre de Molière. La trilogie, commencée en 2003 avec Poquelin I et continuée avec Poquelin II en 2017, s’est clôturée avec Poquelin 1,2,3, aux Nuits de Fourvières à Lyon, puis à l’Odéon et ici…
Cocktail pimenté, augmenté de quelques trésors peu connus, le troisième volet de cette adaptation comprend à nouveau plusieurs textes ou extraits: du Mariage forcé, de L’Avare, du Médecin malgré lui et du Malade imaginaire. Et il y a, juste avant l’entracte, une pièce écrite à partir de fragments de comédies et autres pièces de l’auteur. C’est une sorte de patchwork moliéresque hilarant et d’une théâtralité novatrice. La troupe semble nous inviter au ballet donné en l’honneur et en présence de Jean-Baptiste Poquelin !

Même en plein air, le rideau rouge est bien là, en fond de scène, avec deux grands lustres en métal doré, style vaguement Louis XIV. Il y a aussi un canapé affaissé, les fauteuils rafistolés et des ustensiles en tout genre.
Et les coups de bâton sont donnés avec des frites de piscine! Tout cela laisse présager une rencontre peu traditionnelle avec le monstre du théâtre du XVII ème siècle.
Quant à l’espace de jeu, il fait aussi penser à un ring et nous avons assisté à un véritable marathon de quatre heure trente, d’une force dramatique et à la fois, sensuelle, comique et féroce. Le tg Stan avec cette mise en scène excentrique, intensifie et actualise le théâtre classique aux trois unités: temps, lieu et action .
Les costumes composites d’Inge Büscher et An d’Huys, sont en tissu usé aux couleurs bigarrées. Les chaussures argent, tenues de sport, T-shirts, robes sexy ou féériques… renforcent avec une complicité esthétique, le jeu à la fois précis, inventif et déjanté de Robbie Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas et Stijn Van Opstal. Tous s’emparent avec un plaisir évident de Molière.
Leur accent flamand est un atout de drôlerie supplémentaire, même si ce n’est pas évident pour eux, de saisir cette langue théâtrale en prose ou en vers. «On dit des choses et on ne comprend pas ce qu’on dit! »: trouvaille formidable, cette intervention inattendue et cocasse du souffleur (Damiaan De Schrijver) sur la scène, est un moment merveilleux !
Il y a, ici, une grande liberté dans l’interprétation et un échange très communicatif avec le public, en regard de cette désopilante galerie de portraits. Et l’esprit, l’œil et la parole dramatique aiguisés de Molière sur les travers de la condition humaine, ses lâchetés, l’hypocrisie des règles et convenances sociales, sont à la fête ! Devant cette originalité pertinente et cette folie joyeuse, les spectateurs, surpris, émus, rient comme s’ils découvraient pour la première fois, le théâtre de Molière.
Elisabeth Naud
Spectacle vu le 22 juillet à la Carrière de Boulbon (Bouches-du-Rhône).
Théâtres en Dracénie, Draguignan, le 4 octobre. Comédie de Caen-Centre Dramatique National (Calvados), du 8 au 10 octobre. Théâtre de la Cité-Centre Dramatique National de Toulouse Occitanie, avec le Théâtre Garonne (Haute-Garonne) du 14 au 17 octobre.
Le Quartz-Scène nationale de Brest (Finistère), du 4 au 6 novembre. Le Manège-Scène nationale transfrontalière, Maubeuge ( Nord) le 13 novembre
Théâtre du Rond-Point, Paris ( VIII ème), du 3 au 6 décembre.
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