Festival d’Avignon
Juste la nuit de Bernard-Marie Koltès, d’après La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Sébastien Truchet ( tout public à partir de douze ans)
Ecrite pour l’acteur Yves Ferry en 77, donc il y a déjà quarante ans, c’est la première pièce reconnue par cet auteur, hélas mort si jeune du sida et qui aurait aujourd’hui soixante-dix huit ans. Elle a été créée la même année sous sa direction au Théâtre de l’Oulle. C’était encore dans les premiers temps du off… Souvent mise en scène d’abord par Moni Grégo, puis entre autres en 2011 par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang, ensuite par Catherine Marnas, il y a sept ans, et en 2021 par Mathieu Cruciani…

En une seule et longue phrase, ce monologue dont le premier mot -révélateur- est : « Tu » ‘est une sorte d’appel en urgence à un inconnu, sans aucun doute étranger et anonyme, tard dans une grande ville. Pas de véritable intrigue. Sous la pluie, il demande une chambre pour la nuit. Mais sans succès et, à la fin l’homme se trouvera toujours sous la pluie.
Entre temps, il aura beaucoup parlé d’une rencontre avec des racistes, d’une nuit d’amour avec la » mama », d’une prostituée suicidée, d’une agression dans le métro…
Bref, le quotidien nocturne d’une société où sont racontés en filigrane ce qu’ont pu être des moments de la vie de Bernard-Marie Koltès. Avec cette obsession qui fut la sienne: la rencontre avec l’autre et l’amour vécu pour le meilleur, ou pour le pire…
Un texte devenu un classique du théâtre contemporain et d’une écriture exceptionnelle… « Je ne sais pas son vrai nom, celui qu’elle m’a dit n’était pas le sien, alors je ne dirai pas non plus comment elle était faite, personne ne saura jamais qui a couché avec qui, toute une nuit, sur un pont, en plein milieu d’une ville, des traces y sont encore, là-bas, dans la pierre : tu te promènes n’importe où, un soir par hasard, tu vois une fille penchée juste au-dessus de l’eau, tu t’approches par hasard, elle se retourne, te dit : moi mon nom c’est mama, ne me dis pas le tien, ne me dis pas le tien, tu ne lui dis pas ton nom, tu lui dis : où on va ? elle te dit : où tu voudrais aller ? on reste ici, non ?, alors tu restes ici, jusqu’au petit matin qu’elle s’en aille, toute la nuit je demande : qui tu es ? où tu habites ? qu’est-ce que tu fais ? où tu travailles ? quand est-ce qu’on se revoit? «
Ici et maintenant, cela donne quoi? D’abord, une retrouvaille avec un texte imposant. Même s’il a subi des modifications… On aimerait tout de même bien savoir ce qui signifie ce curieux intitulé: Juste la nuit de Bernard-Marie Koltès, d’après La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès. A la fois pour dire qu’il est bien de lui, malgré tout? En tout cas, les ayant-droits de l’auteur ne sont vraiment pas très regardants…
Dans ce petit lieu vraiment pas fabuleux où, au quatrième rang de dures banquettes, on ne voit pas le bord de scène, Léa Dumont, une jeune comédienne au visage rayonnant et très expressif, arrive à s’emparer de ce monologue difficile pendant une heure. Chapeau. Sur le plateau nu, juste un gros sac à dos contenant quelques accessoires..Nous ne sommes peut-être pas tombés sur le bon soir mais la direction de Sébastien Truchet n’était pas au rendez-vous et il y avait des moments bien dits, et d’autres, avec un manque regrettable de diction.
Plutôt embêtant et à revoir de toute urgence! La langue de cette longue phrase au rythme étincelant exige justement une précision d’orfèvre! Et que dire de cette idée de mise en scène « participative » où, au feu vert piétons qui s’allume, les projecteurs s’éteignent et six spectateurs à qui on a remis une lampe-torche, sont priés d’éclairer l’actrice. Tous aux abris !
Le spectacle qui avait été joué au Studio Hébertot à Paris, doit poursuivre sa route au Théâtre du Chariot à l’automne prochain. D’ici là, il faudrait que Sébastien Truchet revoit sa mise en scène… Léa Dumont mérite vraiment beaucoup mieux.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 25 juillet ( relâche le 22 ) à 20 h 05, salle Bayaf, 10 rue de la Carreterie, Avignon ( Vaucluse).
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