La Vie parisienne de Jacques Offenbach, mise en scène de Valérie Lesort avec la troupe de la Comédie-Française
Même en soirée, les températures caniculaires soumettent les corps à rude épreuve, malgré la climatisation du théâtre: les comédiens, danseurs et chanteurs, ont des costumes et des prothèses d’une richesse et d’une exubérance rarement observées dans les récentes créations de ce chef d’œuvre. « Comment dépeindre ces hommes qui n’ont pour objectif que le pouvoir et le sexe ? dit Valérie Lesort. Et ces femmes prêtes à se vendre entièrement et joyeusement, mues par le seul appât du gain ? Plutôt que d’édulcorer le propos, je l’ai exagéré et j’ai suivi l’exemple de Jean de la Fontaine, du dessinateur Grandville : assumer le non-assumable en poussant le trait, dénoncer en riant, aller vers le côté primitif de l’humain, vers son animalité. «
Et, dès le premier acte, Bobinet (Benjamin Lavernhe) et Gardefeu (Baptiste Chabauty), vont, chacun, voir Métella, leur maîtresse commune (Elsa Lepoivre), et s’interpellent, Nous étions copains comme cochons » et disent d’elle,: « C’est une pintade, une petite dinde, elle nous trompait .» L’axe de cette mise en scène: les hommes seront des porcs et les femmes, des poules! « Les interprètes de la Comédie-Française ne sont pas des chanteurs lyriques, souligne la directrice musicale Alexandra Cravero. Ce sont des acteurs qui chantent. Et on a osé la transposition, parce que les airs de La Vie parisienne avaient justement été créés pour des comédiens. »

Cette pièce est donc jouée dansée et chantée par la troupe. L’harmonie vocale n’est sans doute pas parfaite, qu’ importe… Mais la performance vocale de Marie Oppert (Gabrielle, la gantière) a été très remarquée. Nous connaissions déjà le beau timbre de voix de Véronique Vella ( excellente Pauline). Et Benjamin Lavernhe- Jérémy Lopez et Elsa Lepoivre s’en sortent très bien; sa voix, à elle, ressemble à celle des chanteuses à texte des années soixante.
Le couple: la baronne de Gondremark (Yoann Gasiorowski) et le baron (Christian Hecq) fonctionne parfaitement. Lui, comme à son habitude a un corps qui parle et il le transforme en personnage farcesque, absolument ridicule. Il accompagne ses mots qui le traduisent ce fêtard libidineux! « Les petites poulettes, comment sont-elles? »
La mise en scène à un rythme rapide et la folie jubilatoire des acteurs, emportent le public. Eric Ruf a imaginé un scénographie qui nous fait voyager de la gare des Chemins de fer de l’Ouest, à plusieurs lieux parisiens. Les costumes de Vanessa Sannino sont des chefs-d’œuvre de haute couture. Les prothèses, volumes et marionnettes conçue par Valérie Lesort et Carole Allemand -une belle réussite- accentuent le côté caricatural des personnages. Tout ici est réalisé jusqu’au détail près, entre autres, les faux-culs et jabots des poulettes et les petites queues de nos semblables, les porcs masculins.
Nous reconnaissons tous les airs de La Vie parisienne, véritable standards de l’opéra-bouffe, “Je suis Brésilien, j’ai de l’or » (…) » Je suis veuve d’un colon… , Il est gris tout à fait gris, … , je vais m’en fourrer jusque là” . « Tout tourne tout danse” à la fin de l’acte III et à celle de l’acte IV avec « Par nos chansons et par nos cris, célébrons Paris …. Et voilà la vie parisienne « . Et Valérie Lesort a conçu des images proches d’orgies romaines. Ce spectacle est aussi une formidable réussite collective et. viendront saluer tous les personnages, ensuite celles des techniciens-plateau, puis celles des danseurs et chanteurs.
Jean Couturier.
Jusqu’au 11 juillet, Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet Paris ( Ier). T: 0140 28 28 40.
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