La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret de Henri Meilhac et de Ludovic Halévy, mise en scène de Valérie Lesort avec la troupe de la Comédie-Française

 

La Vie parisienne de Jacques Offenbach, mise en scène de Valérie Lesort avec la troupe de la Comédie-Française

Même en soirée, les températures caniculaires soumettent les corps à rude épreuve, malgré la climatisation du théâtre: les comédiens, danseurs et chanteurs, ont des costumes et des prothèses d’une richesse et d’une exubérance rarement observées dans les récentes créations de ce chef d’œuvre. « Comment dépeindre ces hommes qui n’ont pour objectif que le pouvoir et le sexe ? dit Valérie Lesort. Et ces femmes prêtes à se vendre entièrement et joyeusement, mues par le seul appât du gain ? Plutôt que d’édulcorer le propos, je l’ai exagéré et j’ai  suivi l’exemple de Jean  de la Fontaine, du dessinateur Grandville : assumer le non-assumable en poussant le trait, dénoncer en riant, aller vers le côté primitif de l’humain, vers son animalité. « 

Et, dès le premier acte, Bobinet (Benjamin Lavernhe) et Gardefeu (Baptiste Chabauty), vont, chacun, voir Métella, leur maîtresse commune (Elsa Lepoivre), et  s’interpellent, Nous étions copains comme cochons » et disent d’elle,: « C’est une pintade, une petite dinde, elle nous trompait .» L’axe de cette mise en scène: les hommes seront des porcs et les femmes, des poules!  « Les interprètes de la Comédie-Française ne sont pas des chanteurs lyriques, souligne la directrice  musicale Alexandra Cravero. Ce sont des acteurs qui chantent. Et on a osé la transposition, parce que les airs de La Vie parisienne avaient justement été créés pour des comédiens. »

© Thomas Amouroux
© Thomas Amouroux

Cette pièce est donc jouée dansée et chantée par la troupe. L’harmonie vocale n’est sans doute pas parfaite, qu’ importe… Mais la performance vocale de Marie Oppert (Gabrielle, la gantière) a été très remarquée. Nous connaissions déjà le beau timbre de voix de Véronique Vella ( excellente Pauline). Et Benjamin Lavernhe- Jérémy Lopez et Elsa Lepoivre s’en sortent très bien; sa voix, à elle, ressemble à celle des chanteuses à texte des années soixante.
Le couple: la baronne de Gondremark (Yoann Gasiorowski) et le baron (Christian Hecq) fonctionne parfaitement. Lui, comme à son habitude a un corps qui parle et il le transforme en personnage farcesque, absolument ridicule. Il accompagne ses mots qui le traduisent ce fêtard libidineux!  « Les petites poulettes, comment sont-elles? »
La mise en scène à un rythme rapide et la folie jubilatoire des acteurs, emportent le public. Eric Ruf a imaginé un scénographie qui nous fait voyager de la gare des Chemins de fer de l’Ouest, à plusieurs lieux parisiens. Les costumes de Vanessa Sannino sont des chefs-d’œuvre de haute couture. Les prothèses, volumes et marionnettes conçue par Valérie Lesort et Carole Allemand  -une belle  réussite- accentuent le côté caricatural des personnages. Tout ici est réalisé jusqu’au détail près, entre autres, les faux-culs et jabots des poulettes et les petites queues de nos semblables, les porcs masculins.
Nous reconnaissons tous les airs de La Vie parisienne, véritable standards de l’opéra-bouffe, “Je suis Brésilien, j’ai de l’or » (…)   » Je suis veuve d’un colon… , Il est gris tout à fait gris, … , je vais m’en fourrer jusque là” . « Tout tourne tout danse” à la fin de l’acte III et à celle de l’acte IV avec « Par nos chansons et par nos cris, célébrons Paris …. Et voilà la vie parisienne « . Et Valérie Lesort a conçu des images proches d’orgies romaines. Ce spectacle est aussi une formidable réussite collective et. viendront saluer tous les personnages, ensuite celles des techniciens-plateau, puis celles des danseurs et chanteurs.

Jean Couturier.

Jusqu’au 11 juillet, Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet Paris ( Ier). T: 0140 28 28 40.


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