Festival Départ d’incendies
Méphisto de Klaus Mann, adaptation de Jérémie Lebreton et Joseph Olivennes, mise en scène de Jérémie Lebreton
Ce festival de théâtre réunit des jeunes compagnies au Théâtre du Soleil. Inspiré de Premiers Pas créé par Alexandre Zloto et Ariane Bégoin sous l’impulsion d’Ariane Mnouchkine de 2003 à 2012. Méphisto, un roman qui a fait l’objet de nombreuses adaptations au théâtre, comme celle d’Ariane Mnouchkine en 77 au Théâtre du Soleil, à quelques dizaines de mètres de cette salle…
En 1936, Klaus Mann, fils de Thomas, l’écrit pour lutter contre la mollesse et la passivité des artistes envers le régime du Troisième Reich, mis en place par Hitler trois ans avant. Une histoire vraie, celle de Gustaf Grundgens, un grand acteur qui fréquentait l’avant-garde artistique sous la République de Weimar. Ancien mari d’Erika, la sœur aînée de Klaus Mann, il était un ami personnel de l’épouse de Göring et se ralliera au Troisième Reich. Paradoxe allemand, il continua à jouer après la guerre jusqu’à sa mort en 1963…
Trois ans avant, Klaus Mann avait dénoncé le danger nazi et avec sa sœur Erika, il essayera de mobiliser contre Hitler les intellectuels en Europe, avec leur oncle Heinrich, André Gide et Aldous Huxley. En 1933, son père Thomas s’exile en France, puis en Suisse. Klaus, lui, déchu un an après, de la nationalité allemande, part pour Amsterdam où il dirige Die Sammlun, une revue antifasciste ouverte aux émigrés. Il se suicidera sur la Côte d’Azur en 49. Il avait quarante-deux ans!

Grundgens rêve de jouer au Théâtre National de Berlin, au mieux avec le régime nazi. L’acteur renonce aux valeurs pour satisfaire une ambition artistique sans limites. «L’une des premières intentions de ce projet, dit le metteur en scène, est de mettre en dialogue et en perspective les questions de fond que soulève cette histoire: l’ambition, le pouvoir, l’art, le bien, le mal, l’intégrité artistique…
Mephisto est un spectacle pensé comme une méditation sur les pouvoirs du théâtre: jouer de la fascination pour en interroger les travers. (…) Travailler la multiplicité des sources et des matières, c’est tenter une approche polysémique de la question et éviter un discours unique, polarisant, entre bien d’un côté, et mal de l’autre. »Notre adaptation qui s’inspire librement du roman, convoque à la fois les figures historiques et romanesques. Nous racontons l’histoire d’un groupe d’amis qui veut, par l’art, changer le monde. Nous suivons leurs évolutions dans le monde théâtral des années 1920 en nous concentrant sur la trajectoire de l’un d’eux : Gustaf Grundgens, alias Hendrik Höfgen. «
Et si c’était de nos jours? On comprend que Jérémie Lebreton ait eu envie de mettre le doigt là où cela faisait mal: des choix à la fois personnels et politiques au mauvais moment et au mauvais endroit. Un tel roman peut aussi «faire théâtre», comme disait Antoine Vitez et il y a eu de nombreuses adaptations comme celle en 77, dans une mise en scène exemplaire d’Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, donc à quelques dizaine de mètres de cette salle. Avec une remarquable scénographie bi-frontale du regretté Guy-Claude François. Souvenirs, souvenirs…
Ici, dans cette grande salle de répétition, cela commence plutôt bien : trois jeunes actrices drôles et emperruquées offrent gentiment des bières aux spectateurs. Sur le plateau au sol noir, quelques chaises pliantes en bois, des caisses de rangement sur roulettes, une malle en fer d’où seront extraits quelques costumes. Et côté cour, une longue table de maquillage. Dans le fond, un rideau rouge; à côté, une batterie et son interprète.
C’est un texte où il y a beaucoup de faux monologues mais finalement peu de substance, avec un dramaturgie aussi prétentieuse que la note d’intention citée plus haut et où les personnages sont seulement esquissés. Le spectacle souvent couvert par cette batterie amplifiée, ce qui n’arrange rien.
Angèle Arnaud Cyprien Colombo, Jeanne Guittet, Théo Kailer, Alba Porte et Isaline Prévost Radeff ont tous une bonne diction mais crient sans arrêt ou presque et, quand c’est au micro, cela devient insupportable. Bref, la direction d’acteurs est aux abonnés absents!
Côté mise en scène, nous avons droit aux poncifs habituels: jeu dans la salle, spectateur invité sur le plateau à faire de la figuration intelligente, lumières stroboscopiques rouge et vert… L’ensemble, malgré la belle présence, la générosité de tous les interprètes surtout des jeunes actrices, distille un ennui de premier ordre pendant la première heure d’un spectacle qui en dure presque deux!
Quand arrivent alors de très épaisses nappes de fumigène auxquelles par miracle, nous avions jusque là échappé! Là, stop! La vie est courte et il restait encore trois quarts d’heure à supporter! Nous avons donc quitté, et sans aucun état d’âme, cette mauvaise chose dans une salle surchauffée pour aller retrouver la verdure bienfaisante de la Cartoucherie.
Mais pourquoi un tel choix? Qui, des organisateurs de ce festival, a vu ce spectacle et lu ce texte avant qu’il soit programmé? Que sauver du naufrage? Pas grand chose, sinon le professionnalisme des acteurs que nous aimerions voir dans une véritable mise en scène. Va-t-on jusqu’à la Cartoucherie pour quelques belles images? Non! On ose espérer que les autres spectacles de ce festival ne sont pas tous du même tonneau…
Philippe du Vignal
Spectacle vu le 12 juin à la salle de répétition du Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes.
Le festival se poursuit jusqu’au 4 juillet.
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