‘Bloque

O’Bloque, conception et mise en scène de Marie Damestoy.

Cette performance/spectacle, qui mérite mieux que son titre pas très futé, est comme l’indique sa conceptrice, l’une des parties du triptyque A. M. O. où elle fait appel à trois figures de la résistance féminine: Antigone, Médée, Ophélie, dénominateur commun d’un glissement hors-la-loi, hors la norme, à l’image du parcours de cette jeune femme de 33 ans qui séjourna un temps aux Beaux-Arts de Cergy-Pontoise puis aux universités de Nanterre et Saint-Charles en philosophie-esthétique, avant de faire un tour du monde, d’écrire dans plusieurs revues et, si l’on a bien compris, de vivre un moment dans la rue. Pour finir par s’occuper de gestion de spectacles…
C’est de cette expérience de SDF qu’elle a eu envie de parler et de mettre en scène dans un monologue/exorcisme de 45 minutes, sur fond d’autobiographie, un moment de la vie d’une jeune fille de bonne famille comme on dit, qui, de façon irréversible, va se retrouver à la rue et glisser vers la déchéance et la folie.
Malgré des études dites supérieures -DESS accumulés en mille-feuilles  que l’Etat, tous gouvernements confondus a laissé proliférer et qui n’aboutissent à rien dans une société française encombrée de sur-diplômés mais où il faut lutter pour trouver un plombier ou un menuisier compétent.
La jeune fille  fait donc la dure expérience de la solitude, de l’alcool, de la saleté physique, de la faim et du froid. Et pire encore, celle de l’humiliation; elle vit dehors et  par tous les temps, enfermée dans son sac de couchage, substitut du ventre maternel et dernier refuge avant la déchéance totale. Avec l’interminable ballet devant des passants qui lui jettent un regard indifférent ou vaguement apitoyé. Et, quand on lui donne un ticket-restaurant, on le lui fait durement sentir: « C »est pour manger chaud,  lui dit une brave dame,  qui croit bon de préciser : « C’est le patronat qui en paye la moitié ». Sans commentaires.

Seule sur le plateau, Pénélope Perdereau est, en jeans et pull à col roulé, cette jeune femme à la fois cynique, désespérée et au bord du gouffre. Les mots de Marie Damestoy claquent avec conviction et précision. Sans aucun effet de manches ; l’actrice est juste aidée par de (trop?) belles lumières et par une partition sonore un peu envahissante.
N’importe, le texte passe, et Marie Damestoy qui maîtrise parfaitement l’espace et le temps -merci les Beaux-Arts de Cergy- sait créer de très belles images, comme cette fin, où la jeune femme s’allonge entre deux cartons, ou tire derrière elle, comme unetraîne de robe de mariée faite de morceaux de carton ondulé et de boules de film plastique. C’est intelligent et beau, cela ne s’embarrasse pas d’effets vidéo, et rappelle à la fois, aux meilleurs moments, Wilson et Kantor.  Si, si , c’est vrai!

Le travail en cours, généreusement accueillie pour une présentation par le Tarmac, est encore  brut de décoffrage. Mais l’on y sent quelque chose de prometteur, si les petits cochons ne mangent pas Marie Damestoy. Création  prévue en janvier prochain à Meylan (Isère).

Philippe du Vignal


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