Danse macabre,conception, mise en scène et chorégraphie de Martin Zimmermann, création musicale de Colin Vallon

Une décharge avec une grande structure pyramidale surmontée d’une boîte-maison… Un carton se met à bouger dans une lente respiration et apparaissent les pieds, les bras et la tête d’un homme-squelette. (Martin Zimmermann reprend ici le personnage de Johnny de son précédent spectacle Goodbye Johnny (2020). Ce squelettel demande à manger aux spectateurs en claquant des dents, un leitmotiv sonore de Danse macabre… Détritus et sacs en plastique se déplacent alors, comme animés d’une vie propre.
Après avoir dansé avec une pince à déchets et un lambeau de plastique, l’homme-squelette prend appui sur la base de la pyramide et tire la boîte, suspendue comme une balançoire. Laquelle bascule avec de nombreux détritus. Des lumières stroboscopiques sur une musique répétitive en éclairent l’intérieur où apparaissent trois autres personnages. Deux en tombent et la boîte tangue comme un bateau. Le troisième, assez fort et la tête dégarnie, reste droit comme un I dans cette boîte : un effet optique saisissant.
Puis une acrobate et une chanteuse aux cheveux longs dansent en chantant. L’homme fort fait une chute et a du mal à reprendre son souffle…Une situation comique : sous l’effet de l’alcool, ce pantin désarticulé n’est plus maître de sa démarche, sa jambe se dérobe, une de ses chaussures tombe dans la salle et il n’arrive plus à en nouer les lacets…
La chanteuse, que l’on prenait pour une femme, quand elle écarte ses cheveux, se révèle être un homme avec de gros sourcils. L’homme-squelette joue avec ses quatre jambes, les fesses dans un bidon et installe ensuite un micro sur un manche de raclette. En essuyant le sol, il produit des battements de cœur mimés par une chanteuse sur le point d’accoucher… L’acrobate en sweat-shirt à capuche noire d’où sortent ses longs cheveux, va se transformer en une masse informe à mesure qu’elle se contorsionne. La matière s’anime et a des apparences surréalistes comme dans les One minute sculpture (Pullovers) de l’artiste autrichien Erwin Wurm. L’homme-squelette arrive alors avec son double en mannequin et entame une danse avec lui. Pendant ce temps, l’homme fort essaie de s’asseoir sur une chaise qui glisse continuellement au-dessus de la pyramide…. Un comique de répétition à la Buster Keaton. L’homme-squelette rejoint l’homme fort pour une chorégraphie acrobatique avec cette chaise qui reste collée aux parois de la boîte. Une chaise qui sera utilisée dans un beau numéro de mime et d’équilibre sur un fil invisible.
Le chanteur accompagne les mouvements de l’acrobate dans la boîte, suivis par ses deux camarades (saxo et à batterie improvisée) dans un joyeux capharnaüm. L’homme fort se bat avec le chanteur sur un air de Carmen et la femme se transforme en guenon, disparaît derrière un carton puis réapparaît sous des détritus.L’homme fort entonne alors un chant plaintif et le chanteur installe dans la boîte des éléments pour dessiner une tête de mort en tubes fluo. La structure pyramidale s’ouvre alors et se transforme en squelette géant et animé (la boîte constituant la tête et les pyramides, les mains).
Fumigènes et lumières rouges rendent la scène diabolique. Les quatre compères se déguisent comme pour un défilé de mode et entament une danse macabre. Ce ballet mécanique rappelle ceux de Fernand Léger, ou de Michael Jackson. Progressivement, la musique déraille, le squelette clignote et se décompose. Danse macabre se termine par un monologue (en anglais) d’autosatisfaction où le chanteur singe les discours mégalomanes des stars et insulte le public. L’homme-squelette, qui le suivait avec un projecteur, met fin à la représentation avec un claquement de dents ironique.
Un spectacle à la fois hybride et joyeux de cirque, danse, théâtre et happening… où chacun des personnages joués par Tarek Halaby, Dimitri Jourde, Methinee Wongtrakoon et Martin Zimmermann cherche à sortir de sa condition mais tourne en rond. Comme ce grand costaud qui s’essouffle en courant après sa chaussure. Tous épiés, voir manipulés par la Mort, représentée ici par l’homme-squelette et l’homme-orchestre (Martin Zimmermann). Ils possèdent les capacités de super-héros qu’ils utilisent pour la seule beauté du geste, loin d’une société conformiste. Ces marginaux, folkloriques et à jamais laissés pour compte, vivent dans une décharge aux allures de prison ou de purgatoire. Paroles réduites à des onomatopées, bruitages clownesques… ils ne peuvent s’exprimer que par leurs corps. Peut-être un reflet de la société actuelle en crise.
Le spectacle, loin des canons classiques, déroute le public. Il faut en effet un certain temps pour entrer dans le monde social et artistique de Martin Zimmermann et nous nous perdons souvent dans des saynètes trop longues et répétitives où il ne se passe pas grand-chose… Il y a en effet au moins quinze minutes de trop et Cette Danse macabre gagnerait à être resserrée. Ces réserves mises à part, le metteur en scène sait toujours créer des images et des situations atypiques. Comme chez Buster Keaton ou chez James Thierrée avec ses scénographies détournées et effets optiques minimalistes. Martin Zimmermann arrive à nous surprendre encore à chacune de ses créations.
Sébastien Bazou
Spectacle vu le 24 mai à l’Auditorium de Dijon (Côte d’Or).
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