Une Semaine d’art en Avignon
Une Cérémonie, texte et mise en scène du Raoul Collectif
Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szézot ont acquis autour une même sensibilité artistique et politique à l’Ecole supérieure d’acteurs du Conservatoire royal de Liège. Ils fondent un collectif qu’ils baptisent Raoul… Un clin d’œil au situationniste belge Raoul Vaneigem et ils s’engageront dans la voie utopique et lente mais parfois fertile de la création collective…

A la fois metteurs en scène, auteurs, musiciens et acteurs, mais aussi scénographes, ils créent leurs spectacles. De ce dynamique laboratoire mais aussi de leurs personnalités, se dégage une énergie particulière sur le plateau… Une alternance de forme chorale et d’éruptions de singularités, une tension réjouissante dans le propos et dans la forme, entre rigueur et chaos, gravité et fantaisie.
Après Le Signal du promeneur (2012) et Rumeur et petits jours (2015), Une Cérémonie est leur troisième spectacle. «Nous sommes des Don Quichotte: nous partons nous battre avec des armes usées et poussiéreuses contre le Capital, la finance, la bêtise et les profits, contre le patriarcat et la fascination du pouvoir, contre les esprits étriqués et les discours dominants. Et ces armes sont le théâtre, la parole, les mots, les corps, les voix, la musique, l’ivresse poétique. Et l’intelligence collective. »
Scénographie de Juul Dekker : en pleine lumière, des chaises de jardin vert foncé un peu partout sur le plateau. On tire un fil pour manipuler les ailes grandiloquentes d’un drôle d’oiseau qui semble voler, mais aussi pour dire ce qu’on pense et ce qui pèse sur le moral. Et il y aussi un piano, un violoncelle, une guitare…dont le bois scintille sous les lumières, près d’un bar sympathique avec bouteilles entrechoquées, verres d’alcool fort servis pour les différents toasts que l’on porte à la vie et aux petits arrangements imposés.
Les interprètes investissent la scène en descendant du haut de la salle. Des hommes seulement puis Anne-Marie Loop qui restera le plus souvent observatrice de ses camarades de jeu en folie. Elle incarnera ensuite la grande figure féminine de résistance: l’insoumise Antigone. Puis ce groupe se retrouve pour une célébration : tous endimanchés, en chemise blanche et veste foncée. Le facétieux David Murgia dialogue avec un habit de cérémonie qu’il ne mettra pas, une sorte de compagnon-effigie auquel il parle avec précaution, dansant avec lui… Un beau théâtre d’objets que cette une image de soi et de son double dont on ne se libère pas, aliéné sans cesse par l’impossibilité à choisir. Il déclamera vaillamment mais avec pudeur, un magnifique poème de Gonzalo Arongo. Les splendides masques en bois et végétaux des acteurs sont imposants.
Romain David est un peu le maître de cérémonie, guettant la manière dont les événements suivent leur cours, jouant de la trompette, chantant et exposant ses vues sur notre présent, entre volonté d’en découdre et prise de conscience de son impuissance à agir. Benoît Piret, soucieux d’engagement politique et social, a une réflexion sur le dérèglement du monde. Jérôme de Falloise, lui, d’abord un peu en retrait, a un regard critique subversif, avant de revenir au centre de la scène. Il a une grande présence quand il se métamorphose en chouette onirique faite de feuilles, branches et brins de roseau. L’oiseau aux yeux éloquents regarde le public en silence et attire les regards…
Dans un vrai moment de théâtre dans le théâtre, il interprète aussi le Centaure antique, précieux à notre imaginaire… Puissant, récalcitrant, tapant du pied, le regard têtu, incarnant avec superbe le poitrail de l’homme-animal. Jean-Baptiste Szézot lui, en est le corps, la croupe et les pattes arrière… Un spectacle réjouissant. Auparavant, il aura fait un numéro de cabotin avec brio, se mettant en colère puis insultant et agressant physiquement les autres mais retenu à temps par ses camarades compréhensifs et bons enfants. Philippe Orivel, à l’accordéon ou jouant un courtisan du roi, avec Julien Courroye et Clément Demaria, forme un trio plein d’humour entre rock, jazz et musique acoustique. Et cette incertitude moqueuse comme sa détermination politique et conviviale… et ce flux réconfortant d’images oniriques, sont la marque du Raoul Collectif.
Véronique Hotte
Spectacle vu le 27 octobre, salle Benoît XII, Avignon (Vaucluse). Vu les circonstances, les autres représentations prévues pour novembre ont été annulées .
Théâtre de la Bastille, Paris (XI ème), du 26 novembre au 19 décembre.
Nebia, Bienne, le 4 mars. Théâtre du Rayon Vert, Saint-Valéry-en-Caux, le 9 mars. Théâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine) les 18 et 19 mars.Théâtre de Namur, ( Belgique) et du 24 au 27 mars.Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon, du 30 mars au 2 avril.
Le Manège, Maubeuge, le 8 avril. Centre Dramatique National d’Orléans, du 14 au 16 avril.
Mons-Arts de la Scène, du 4 au 6 mai.
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