Kyoto forever
Copenhague en direct : Kyoto forever nous montre la dernière nuit de négociations internationales sur la question du réchauffement climatique, à Bali – mais peu importe le lieu – pour parvenir à une résolution commune qui marque une avancée sur celle de Kyoto. Ouf ! L’enjeu est très sérieux et le spectacle relève le défi. Après un prologue allant chercher les « sommets » du côté de Hauts de Hurlevent – histoire de nous emmener dans le drame -, tout se passe en un lieu, la salle des négociations, en un temps, la dernière nuit – histoire de nous emmener du côté de la tragédie. Et, naturellement, ce qui triomphe, c’est la farce. La séance est fidèlement reproduite, mais à peine décalée dans les propos et bousculée par une scénographie à dérapages garantis. On assiste aux terribles tensions que provoque le déplacement, ou non, d’une virgule, aux poses héroïques, aux chantages de tel ou telle délégué(e). L’apparemment imperturbable répétition des formules de courtoisie diplomatique, en plus de son efficacité comique propre, grossit à la loupe les craquages, la fatigue. Puis ça monte, par un “vertical détour “ : la folie s’extériorise, la musique devient arme lourde, de vaillants chevaliers en armure viennent promener sur scène leurs inutiles protections et leurs armes impuissantes, après une joyeuse fête “verte“. Eh oui, les petits hommes verts sont descendus sur terre, c’est nous, tout va bien !
L’intérêt de Kyoto forever est à double-fond : d’abord, Frédéric Ferrer connaît bien son sujet, il a même reçu une accréditation pour la conférence de Bonn ; ensuite, la mise en scène s’affirme, depuis Mauvais temps, le précédent spectacle de la compagnie sur le sujet. Elle joue délibérément du collage, de la juxtaposition simultanée d’éléments hétérogènes – une scène se déroule à “cour“ tandis qu’un délégué s’effondre à “jardin“-, le plateau garde les traces, les déchets – non triés – des scènes passées : superbe “mise en pièce“ de la déconstruction du monde.
Christine Friedel
Texte et mise en scène Frédéric Ferrer, par la compagnie Vertical Détour.
Plus que deux représentations, en attendant le prochain opus l’Affaire coin-coin, sur la fonte des banquises, le 19/12/09 à l’espace 1789 de Saint-Ouen, et le 16/1/2010 au théâtre de Chelles
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