MERLIN OU LA TERRE DEVASTEE de Tankred Dorst, création du collectif les Possédés, mise en scène Rodolphe Dana.
Une douzaine d’acteurs, deux vitrines d’exposition, des accessoires de bric et de broc, des chaises d’école et des fauteuils de camping, des costumes récupérés au décrochez-moi ça, on peut dire que ces Possédés se sont emparés de la pièce de Tankred Dorst avec un beau culot, comme un jeu d’enfant. Rodolphe Dana interprète Merlin, il entre nu dans la première scène où il affronte son père avec un étonnant naturel. Les chevaliers de la table ronde, en jupes plissées se présentent de façon grotesque avec une belle vitalité qui nous mobilise sur le sens du texte. Celui qui parvient à arracher Excalibur de la pierre, l’arrache d’un emballage plastique, il deviendra le Roi Arthur.
Perceval est en slip dans les bras de sa mère qui veut le garder dans les bois jusqu’à ce qu’il s’échappe pour devenir chevalier et revêtir la jupe plissée. Il clame : « Je tuerai tout ce qui vit, jusqu’à ce que Dieu seul demeure ! » mais sa quête reste vaine. De même la punition que le Roi Arthur veut infliger à sa Reine Guenièvre pour l’avoir trompé, Lancelot l’enlève puis la ramène à son suzerain. Cette belle auto-dérision met bien en valeur l’histoire de notre temps, l’échec des utopies et les mythes fondateurs de notre société occidentale. Rodolphe Dana avoue que « nous ne ferons pas croire aux spectateurs que nous sommes ailleurs qu’au théâtre et que, nous autres acteurs, nous ne sommes qu’occasionnellement des personnages. Abolir ce mensonge-là sera aussi une façon de rétablir, non pas une vérité, mais une forme de croyance. Pas seulement que les spectateurs voient et entendent ça, du « théâtre », mais qu’ils y croient, comme à une autre réalité, une autre possibilité de la vie. Parce que, comme dirait l’autre, la vraie vie est ailleurs… ». Mais nous y croyons grâce au bel engagement des acteurs qui jubilent en scène.
Edith Rappoport
Théâtre de la Colline, puis tournée jusqu’en mars.
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