Grandeur nature, conception de Magalie Nadaud, dramaturgie de Nicolas Liautard

Grandeur nature, conception de Magalie Nadaud, dramaturgie de Nicolas Liautard (à partir de trois ans)

Ici, aucun fumigène, aucun éclairage stroboscopique, aucun appel au public, aucun micro H.F. Ouf! cela fait du bien et quel spectacle magistral. Muet sauf quelques virgules musicales, court (quarante minutes) Grandeur nature n’a guère de scénario mais on entre dans une sorte de magie mais avec nombre de questions sur la perception. Que perçoit un enfant dans une grande maison, quand les meubles sont à la seule dimension des adultes?
Damien Caille-Perret a créé les décors numériques, les marionnettes et la scénographie de cette habitation sur plusieurs étages avec un garage dont une voiture sortira dans la nuit,  phares allumés,

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D’abord à taille humaine mais avec une grosse tête impressionnante, l’enfant regarde une maison en bois plus petite que lui, avec étonnement et plaisir comme si c’était un jouet… Ensuite rapide changement de focale, une petite marionnette vivra sa vie dans une grande maison identique à la première où les pièces sont à sa taille à d’enfant.

On le voit dans son lit, chantant sous la douche, jouant au piano, allongé sur son lit dans sa chambre et lisant, coupant les feuilles d’une grande plante en pot. En bas, il y a une pièce où les vêtements sont éjectés de la machine à laver, et au premier étage, une cuisine où la maman (Klore Desbenoit, elle bien, vivante  prépare le dîner, un salon avec un pouf et un piano, une douche où on voit l’enfant se laver… 
Et sur le grand écran en fond de scène, passe de temps à autre, un personnage d’environ quatre mètres de hauteur,  la mère  et le père qui, muni d’un arrosoir, fera tomber une pluie ( virtuelle) sur la maison et à la fin, sur des arbres aux grandes branches nues, pousseront des centaines de feuilles vertes qui couvriront la maison…
Un travail extrêmement précis et d’un grand raffinement: Magalie Nadaud,  Nicolas Liautard et Damien Caille-Perret ont réussi à créer un univers onirique d’une qualité absolument exceptionnelle.
. Au tout début, l’enfant D’abord à taille humaine mais avec une grosse tête, l’enfant regarde 

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La bande sonore de Thomas Watteau est en parfaite unité avec cet univers à la fois quotidien et fantastique.

Tout ici a une dimension onirique avec des images transmises par l’œil où les changements d’échelle sont fréquents et où le corps est à la fois celui d’une marionnette, puis des parents dont on verra l’image environ six fois agrandie. Une copie conforme à la réalité ? Ou plutôt une référence avec  des différences d’échelle à une image déjà imprégnée dans la mémoire du spectateur enfant ou adulte…
C’est là toute la grande subtilité de ces représentations  du corps humain, sujet et objet, questionnement sur l’identité,  avec tout ce que la marionnette à tringle apporte ici de mise à distance, surtout quand elle est ici extrêmement bien manipulée.
A la fin, la nuit succédera au jour, avec une autre perception de l’environnement quotidien: tout semble plus près, question d’acuité visuelle: l’œil s’accommode moins bien. Et, sur ce plateau, toujours et jusqu’au bout, des images d’une  incroyable beauté…
Allez absolument voir ce spectacle. Sans aucune doute le meilleur d’une rentrée pâlichonne… En quarante minutes, il nous change des réalisations, souvent prétentieuses, en trois heures sans entracte et il dit aussi beaucoup de choses aux enfants et aux adultes que nous sommes devenus… Tous éblouis par ce qu’il faut bien appeler un petit miracle. Il faut espérer que cette merveilleuse maison avec ses marionnettes, quand ce sera l’heure de prendre sa retraite, ira, avec une captation du spectacle, au Centre national du costume et de la scène à Moulins… 

Philippe du Vignal
Jusqu’au 1er novembre,Théâtre Paris-Villette, 211 avenue Jean Jaurès, Paris (XIX ème).
Du 26 au 29 novembre,Théâtre Am Stram Gram, Genève (République Helvétique).
Du 2 au 5 décembre, Théâtre Nouvelle Génération, Lyon (Rhône).
Du 25 au 27 février, Centre Léo Malet, Mireval ( Hérault).


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