Bientôt le jour, texte et mise en scène de Julie Bertin
Chaque intervenant prend la parole devant une autrice et un interprète pour créer un spectacle. Une mise en abyme où interviennent des protagonistes de différentes nationalités et cultures et qui s’expriment tour à tour en français. Leur récit, entrecoupé par celui des autres, nous laisse dans l’expectative. Les histoires se poursuivent et se croisent: chaque individu se trouve corseté dans une vie où il ne se reconnait plus désormais.

Un désir se fait jour et devient si énorme qu’il avale tout. Les désirs, les identités profondes et culturelles s’affirment malgré les usages et coutumes sociétales: tout est remis en question. Car il est impérieux d’y répondre ou de mourir à petit feu.
La vie de chacun ressemble à ce terrain vague, créé sur scène, et battu en brèche par une existence subie. La rupture de ban, les désirs nouveaux ou une affirmation identitaire…
Tout concourt à abattre cette soumission établie par l’habitude, la routine ou encore les désillusions. Les récits reprennent et au fur et à mesure, le public réalise le courage qu’il y a d’aller jusqu’au bout. Mais cette finalité a un coût qui, parfois, donne un goût amer à cette conclusion heureuse que certains appelleraient une victoire à la Pyrrhus.
La tension vécue par les intervenants jusqu’à leur libération est accueillie comme une décharge émotionnelle intense au fil des récits. Ils n’arrivent plus parler en français et s’expriment dans leur langue maternelle: italien, français, allemand, anglais, espagnol, hindi, éton (langue bantoue)… Les émotions ont pris le pas comme une vague qui vient submerger l’essentiel. Un tout inonde le corps d’une soif inextinguible d’un ailleurs. Le dénouement de ce point de bascule accuse un coût parfois élevé à payer.
Mais le parcours d’une vie est toujours incertain. Alors…
Saluons la mise en scène prégnante de Julie Bertin et la qualité des interprètes: Caroline Arrouas, Fareen Aslam, Heza Botto, Robin Causse, Morgane Nairaud, Loïc Riewer et Gaia Singer qui subliment ce spectacle de belle manière.
Laurent Schteiner
(Sur les Planches)
Spectacle joué du 2 au 11 octobre au Théâtre Gérard Philipe–Centre Dramatique National, 59 boulevard Jules Guesde, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). T.: 01 48 13 70 00.
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