Le Discours d’un roi de David Seidler, adaptation de Patrick Haudecoeur et Gérald Sibleyras, mise en scène de Jérémie Lippmann
Quand les histoires intimes privées d’une monarchie ont des conséquences sur l’histoire mondiale… Ce Discours d’un roi avait d’abord été connue par le film à succès (2010) de Tom Hooper écrit par David Seidler ( 1937-2024) dramaturge et scénariste britannico-américain.. Un des fils du roi George V, le duc d’York, (excellent Philippe Torreton dans un rôle fait de retenue verbale) est bègue. Quelles que soient ses convictions politiques, il pense ne pas être destiné à régner: » Je ne suis pas un roi, dit-il, je suis officier de marine. »

Il rencontrera Lionel Logue, un orthophoniste atypique, en réalité, un comédien amateur australien qui réussira peu à peu le libérer de son handicap… Francis Huster apporte au personnage une légèreté communicative. Passionné de Shakespeare lors de son premier contact avec le duc d’York, Logue lui fait lire Hamlet sur un fond musical et l’enregistre sur un disque vinyle. «Aucun enfant ne naît bègue, dit-il et le duc d’York s’apercevra plus tard, en écoutant sa voix enregistrée, que son handicap disparassait ! Lionel appel le duc: « Bertie », faisant tomber ainsi la hiérarchie.
Historiquement, certains membres de la famille royale est en faveur d’Hitler, chancelier du Reich, en particulier, la nouvelle épouse du roi Edouard VIII qui succède à son père George V à sa mort. Wallis Simpson aurait été la maîtresse de Joachim von Ribbentrop quand il était ambassadeur en Grande-Bretagne en 1936: le Premier ministre Stanley Baldwin informa le roi qu’il ne pouvait pas l’épouser et rester roi. Édouard VIII choisit d’abdiquer la même année. Quant au duc de Windsor, il ira vivre des jours heureux avec son épouse Wallis Simpson à Paris, entre autres dans un bel hôtel particulier au bois de Boulogne et dans le sud de la France, jusqu’à sa mort en 72.
Le duc d’York devenu le roi Georges VI en 36, dans une époque difficile mais sera soutenu par Churchill: « Comme on ne peut pas changer le peuple, on va changer de roi.» Ainsi celui qui ne voulait pas être roi le devient… avec de lourdes responsabilités nationales. Son discours garde une lourde signification aujourd’hui en Europe: «En cette heure grave, peut-être la plus décisive de notre histoire, j’adresse à chaque foyer qui forme mes peuples, tant ici qu’outremer, ce message prononcé à l’intention de chacun d’entre vous avec autant de ferveur que si je pouvais entrer dans votre maison pour vous parler personnellement. Pour la deuxième fois, dans l’existence de la plupart d’entre nous, nous sommes en guerre. A maintes et maintes reprises, cette année, nous avons tenté de trouver une issue pacifique aux différends nous opposant à ceux qui sont aujourd’hui nos ennemis. Mais nos efforts sont restés vains.
Nous voici plongés de force dans ce conflit, car nous sommes tenus de nous dresser contre un principe, qui s’il devait s’imposer, serait fatal à tout ordre civilisé dans le monde. Un tel principe, dépouillé de ses artifices, est sûrement l’expression de cette doctrine primitive qui veut que la force prime sur le droit. Au nom de tout ce que nous chérissons, il est inconcevable que nous refusions de relever ce défi.Je leur demande de rester calmes, fermes et unis dans l’épreuve. La tâche sera rude. Des jours sombres nous attendent, et la guerre ne peut plus désormais se borner au seul champ de bataille. Mais nous ne pouvons bien agir que, selon notre idée du bien, et, avec déférence, au nom de notre cause, en appeler à Dieu. Si tous ensembles, nous restons résolument fidèles à cette cause, alors, avec l’aide de Dieu, nous vaincrons. »
La distribution est homogène et- ce spectacle d’une heure quarante-cinq, très fluide, grâce à de rapides changements de décor, est emporté par ces passionnés de théâtre que sont Francis Huster et Philippe Torreton.
Jean Couturier.
Jusqu’au 3 janvier, Théâtre du Gymnase, 38 boulevard de Bonne-Nouvelle, Paris (Xème). T. : 01 42 46 79 79.
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