Urban Pulse Uprising II
À l’occasion du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France, le Centre culturel coréen vient de présenter au Châtelet Urban Pulse Uprising II, en collaboration avec Rookie Paris, structure spécialisée dans le hip-hop et la danse urbaine.
Près de deux heures durant, deux compagnies de danse, l’une coréenne, Just Jerk, l’autre hexagonale, Wanted Posse, ont animé l’événement qui s’est tenu en matinée – autrement dit, l’après-midi. La salle était pleine à craquer ; le public, composé essentiellement de familles et d’enfants d’assez jeune âge – d’où le recours à nombre de rehausseurs de sièges en polypropylène rouge vif.

Just Jerk a ouvert la séance. Une onzaine d’interprètes cagoulés vêtus d’uniformes noirs en une matière synthétique luisante a fait face à l’assistance dans une relative pénombre. Des anneaux lumineux de teinte rouge accrochés au niveau du nez ou de la bouche des danseurs ont produit des effets d’art optique tandis qu’une avalanche sonore de house music les motivaient ou mouvaient, sur un tempo assez vif. La danse, d’évidence, était à l’unisson. En parfaite synchronie avec la B.O. Malgré son nom, le crew ne s’adonne pas au jerk, cette danse individuelle pratiquée en groupe, dans les boums des années soixante en même temps que le twist, le monkey et le mash potato.
Ceci dit, ça secoue. L’escouade Just Jerk tient de l’escadron de CRS prêt à la castagne. Ils sont, qu’on se rassure, heureusement pour les scolaires en repos dominical, désarmés, les mains nues, sans la moindre grenade assourdissante et de désencerclement GM2L à leur portée (le volume musical suffisant), sans lacrymos ni fumigènes (pour une fois), sans LBD 40. Le collectif coréen est réputé, à juste titre, pour sa précision technique, son sens du rythme, son énergie à toute épreuve. Les artistes méritent tous d’être mentionnés, à commencer par leur directeur artistique, Junho Choi. Ils ont pour noms :Junho Choi, Soonbeom Kwon, Kassie Yeung Montero, Ayura Noguchi, Chungbae Lee, Minkyu Kim, Rion Kuwata, Jinhyeok Im, Seonyoung Kim, Minsu Jang et Xincai Yang.
Au bout d’un temps, quatre membres de Just Jerk solliciteront la participation du public. Trois rangées de spectateurs produiront un canon rythmique sur lequel danseront quatre volontaires issus de la salle. Trois d’entre eux se montreront à l’aise, à la hauteur de la tâche qu’ils avaient spontanément accepté de remplir. Le quatrième, un gamin de six-sept ans prénommé Swan, fera preuve de dons exceptionnels, aguerri à la breakdance, futur professionnel, peut-on penser. Il sera naturellement acclamé par le public et le jury.
Nous avons été particulièrement sensible à la prestation du collectif représentant l’école française de hip hop, Wanted Posse. Le groupe, parmi les pionniers de la discipline dans notre pays, fut fondé en 1993 par Ahmada Bahassane, dit Ahmada Ba. Il participa aux Rencontres nationales de danses urbaines de La Villette en 1996, avant de devenir célèbres internationalement. L’ensemble est d’une cohérence rare, d’un niveau technique difficile à surpasser ; danseurs et danseuses sont extrêmement élégants ; chacun/chacune a sa personnalité propre. Nommons-les : Njagui Hagbe (le chorégraphe), Marcel Ndjeng, Martin Thai, Jessie Perot, Abdouramane Diarra, Ibrahim Njoya, Junior Bosila, Victor Balatier, Stéphanie Paruta, Virginie Savary et Raphaël Ludon.
Ils sont mis en valeur par les lumières de Romain Titinsnaider et la bande-son du DJTsia. La troupe maîtrise la breakdance et la danse debout. Un costaud épate la galerie avec ses crispations de jambes. Un autre, au contraire, se la joue cool, accompagné de rythmes purs ou de jazz à l’ancienne. Il a la fluidité et le chic d’un John W. Bubbles. Ses claquettes en baskets sont silencieuses, d’autant plus belles à contempler. Deux autres virtuoses sortent du lot. Martin Thai, un acrobate hors pair, capable d’aligner les sauts les plus périlleux, représente les arts circassiens. B-Boy Junior, ou, si l’on préfère, Junior Bosila Banya, handicapé dès son plus jeune âge, atteint de polio, s’est littéralement élevé à la force du poignet. Son travail au sol est époustouflant ; ses déplacements, des plus inattendus ; son style, unique en son genre.
Nicolas Villodre
Au Châtelet
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