Festival d’Aurillac dans le cadre de Champ libre, L’Iliade, d’après Homère, mise en scène de la compagnie Bravache (tout public à partir de sept ans)

Festival d’Aurillac

L’Iliade, d’après Homère, mise en scène  de la compagnie Bravache (tout public à partir de sept ans)

Champ libre est une opération visant à offrir, à l’invitation des mairies, des spectacles gratuits dans les villages loin d’Aurillac. L’Iliade  a été et depuis longtemps un formidable terrain de jeu pour les metteurs en scène. Ainsi Damien Roussineau et Alexis Perret, ensuite Pauline Bayle. Tous deux issus de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot (voir Le Théâtre du Blog). Pauline Bayle avait aussi réussi un beau doublé avec une remarquable adaptation  de L’Odyssée.  Quoi de plus actuel que le vieil Homère! Comme en témoigne le gigantesque succès de L’Odyssée de Christophe Nolan. La jeune compagnie Bravache s’attaque à ce monument avec un premier spectacle, qu’elle revendique comme « approximatif » :c’est à dire en quarante minutes montre en main ou à peu près… Après tout, pourquoi pas? L’exemple vient d’Homère lui-même qui avait déjà concentré l’intrigue sur une cinquantaine de jours, alors qu’il parle d’un conflit de dix ans, et l’essentiel du récit a lieu sur quelques  journées… Ici, le minutage est contrôlé par le dieu Hermès, maître du temps, un rôle confié à un spectateur plus tout jeune!
Cela se passe dans une prairie sous les ramures de chênes centenaires au bord du Lot à Saint-Projet de Cassaniouze, un très ancien hameau du Cantal, proche de l’abbaye de Conques.* Dont les moines,  venaient dit-on, faire des visites horizontales aux religieuses du couvent dont reste une partie du cloître…

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Ici, pas de scène, pas d’éclairage artificiel ni véritables costumes… Juste quelques couronnes et un arc en carton doré, un peu de musique  enregistrée et du faux sang en flacons généreusement arrosé sur les personnages qui se font tuer.  Et quelques bancs et chaises pour deux cent spectateurs…  Pour raconter cette épopée et en jouer quelques scènes avec  l’élégance de la jeunesse et la force du jeu théâtral. Jacques Offenbach, l’impertinent avait déjà ouvert la voie. Margot Delabouglise, Ariane Pelluet, Barthélémy Maymat et Cesare Moretti, anciens élèves de l’Ecole du TnBA de Bordeaux, resituent vite fait les choses pour ceux qui pourraient s’égarer dans les nombreux personnages de cette guerre entre Grecs et Troyens. Elle devait être pliée en trois jours et a duré… dix ans. Toute ressemblance avec l’époque actuelle, etc. Les  jeunes acteurs racontent d’abord ce qui s’est passé en quelques semaines de la dixième et dernière année de la ville de Troie assiégée par les Grecs. Cela commence par  la dispute entre Achille et Agamemnon qui lui a pris la jeune et belle Briséis, laquelle faisait partie de son butin de guerre. Achille  se retirera de la guerre et demande à sa mère, la déesse Thétis, d’obtenir de Zeus que les Grecs perdent, tant qu’ils ne se sont pas excusés, ce qu’elle fait. Il y a aussi une autre histoire de sexe! Pâris le Troyen a volé Hélène à Ménélas le Grec. Et Achille ira se battre  malgré tout pour venger son ami Patrocle tué par Hector. 

Sans Achille, les Grecs reculent, face aux Troyens avec Hector à leur tête. Fou de douleur et de rage, Achille veut se venger d’Hector qu’il arrive à tuer et dont il traînera le corps derrière son char. A la nuit tombée, le  vieux roi Priam, père d’Hector, vient supplier Achille de lui rendre le corps de son fils, ce qu’il fera. Et l’intelligent Ulysse  imaginera le si fameux cheval de Troie grâce auquel les Grecs finiront par l’emporter. Mais il y a une réelle unité d’action  et l’helléniste Paul Mazon remarquait: « C’est l’histoire d’une colère humaine, des conséquences qu’elle a entraînées, de l’apaisement dans lequel elle s’est éteinte. (…) Il n’est pas douteux qu’il y ait là une conception de génie. Colère, amitié, soif de vengeance sont sans doute thèmes courants dans l’épopée mais la combinaison de ces passions successives dans l’âme du même personnage, ainsi que les interventions divines qui en favorisent le développement, tout cela trahit un plan réfléchi, qui ne peut être dû qu’à un grand poète ». Et cela peut aussi faire théâtre…
Diction exemplaire, bon rythme, images fortes, surtout à la fin, scénario bien ficelé, mise en scène sans aucune prétention, parodie jamais vulgaire: ce spectacle -gratuit-  est sous cette forme brève, osons le mot, du véritable théâtre populaire et a été très applaudi…Même si, côté dramaturgie, il est  encore parfois brut de décoffrage.  Nous vous rendrons compte de la version longue qui sera jouée au festival d’Aurillac et il faudra suivre de près cette jeune compagnie bordelaise.
Philippe du Vignal

Spectacle vu le 7 août à Saint-Projet de Cassaniouze (Cantal). Les autres  représentations ont eu lieu à Saint-Martin Cantalès,  Saint-Paul-des-Landes, Pailherols, Les Ternes.
 
* Célèbre pour son tympan roman aux cent-vingt personnages et plus récemment avec un grand projet; la commande d’une centaine de vitraux au peintre aveyronnais Pierre Soulages qui ont été installés dans la cathédrale après plusieurs années de recherches, essais de fabrication … Une brave dame, sans doute peu au fait de l’art contemporain, avait demandé à l’hôtelière de Saint-Projet, si elle savait « quand les vitraux provisoires allaient être remplacés? » Vous avez dit: merveilleux? 

 

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