Festival d’Avignon Doléances-la fable de l’écoute, adaptation et mise en scène de Stanislas Roquette

Festival d’Avignon

Doléances « la fable de l’écoute », adaptation et mise en scène de Stanislas Roquette

On avait presque oublié… La France de l’indispensable bagnole -chère et chérie- s’était soulevée contre l’augmentation de la taxe sur les carburants. Occupation des ronds-points, blocage des péages d’autoroutes : les révoltés avaient choisi comme signe de ralliement, un objet obligatoire, symbole de l’oppression réglementaire : le gilet jaune.
Placez-le sous votre pare-brise et vous êtes des nôtres. Bruit et retentissement : en janvier 2019, le jeune président de la République va « au contact », lance un « grand débat national ». Les Cahiers de doléances (la référence à 1789 vaut bien une majuscule) s’empilent et on compte près de deux millions de contributions! Des vertes et des pas mûres, mais au moment du bilan promis par le sommet de l’Etat, rien., absolument rien… Notre-Dame de Paris brûle mais le débat s’éteint: il ne s’est rien passé aux carrefours, les cahiers s’empilent aux Archives régionales et Nationales.

Arrivent Stanislas Roquette et sa compagnie Artepo. Eux aussi ont entendu ce rien. Ce qui les a motivés, pour commencer, à aller voir aux archives de la Somme, là où ils vivent et travaillent. Ils y trouvent une drôle de France, mécontente, collectivement individualiste, râleuse, fâchée des « questions fermées » du débat officiel, mais pleine d’idées et lançant son «vrai débat», ouvert.
Et de toutes ces doléances et propositions, qu’ont fait les gouvernements ? Rien, ou peu, ou seulement pour la façade-! Silence ou presque. Le théâtre va, et modestement, là où les femmes et hommes politiques sont passés à autre chose et où ils « communiquent » à grands frais.

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Sur ce petit plateau, juste un trio: Nedjma Berchiche, Marc Lamigeon et Emmanuelle Ramu avec un écran, une étagère à accessoires. Les prises de parole du Président, très content de «son» débat, alternent avec celles de Gilets jaunes et de contributeurs… Et ce grand moment raté de démocratie en direct sort enfin de l’oubli. C’est beaucoup. La juxtaposition des points de vue: le «vertical » et le second, celui  de « ceux qui ne sont rien », est en elle-même critique, au-delà de la satire. On ne va pas se priver de rire du Président mais il y a une joie plus grande et une inquiètude à se dire : c’est là que ça blesse, que ça manque, que ça ne va pas…


La compagnie Artepo fait son travail  avec des moyens artisanaux : et si on parlait, sur scène, de ce qui ne va pas ? Si on était la mémoire dont la « communication » nous prive sans cesse ? Et si on jouait les différents rôles politiques pour mieux comprendre le jeu de rôles des Politiques ? Et si le public donnait à ceux qui sont censés les représenter une leçon d’écoute? Ne rêvons pas. Doléances vient piquer là où il le faut. Et rendre sans lourdeur, avec fraternité (osons ce principe proclamé et oublié de la République), la parole à ceux qui l’ont tant donnée, avec tant de générosité et d’espoir,  même s’ils étaient très pessimistes sur le retour…

Christine Friedel

 Jusqu’au  23 juillet, à 14 h 30, Le Train bleu, 40 rue Paul Saïn, Avignon ( Vaucluse).


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