Mosaïque par le Ballet de l’Ouest parisien, direction artistique, chorégraphie et mise en scène d’Alice Psaroudaki
Cette compagnie fondée par Alice Psaroudaki en 2015 à Boulogne-Billancourt, développe les échanges entre danseurs, acteurs, auteurs, musiciens, artistes, photographes…. Et pour ses créations, elle recourt volontiers aux systèmes de notation du mouvement l’un inventé par le chorégraphe hongrois Rudolf Laban et publié en 1928 et l’autre par les Anglais Rudolf et Joan Benesh en 1956.
Danseuse formée en Allemagne, chorégraphe, maîtresse de ballet et pédagogue, Alice Psaroudaki revisite le répertoire classique au sens large du terme: danses traditionnelles, baroques, danses académiques, voire néo-classiques. Elle se réfère à la fois à Michel Fokine, George Balanchine, Hans van Manen, Rudi van Dantzig, Maurice Béjart, Roland Petit, Jiří Kylián, Bertrand d’Ath… Nous avions vu deux pièces courtes et variées du Ballet de l’Ouest parisien et ces morceaux choisis relevant de l’esprit du collage, sont signées Alice Psaroudaki, sauf Delibes Suite (2003) de José Martínez.
Le Souffle du printemps (2020), lui a été inspiré par un tableau non figuratif de la peintre boulognaise Sylvette Mageux. L’image agrandie fait office de toile de fond. Sur le Concerto pour piano n° 2 de Sergueï Rachmaninov, la chorégraphe propose des correspondances entre l’agencement des couleurs, «le souffle vivifiant de la nature », les éléments : terre, eau, air, feu, et l’énergie du mouvement. La moitié des interprètes s’y exprime à tour de rôle avec variations, pas de deux et travail d’ensemble. Et ils portent beau les magnifiques costumes dessinés comme habituellement par Alice Psadouraki et réalisés par Natalia Maciel.
Sérénade (2025-2026), clin d’œil à George Balanchine, qui en donna une version dès 1935, est une œuvre d’envergure et de longue haleine, avec de nombreuses entrées et sorties des interprètes. Malgré les thèmes abordés par Alice Psaroudaki : « recherche de l’âme sœur, joie d’être ensemble, absence, douleur du vide »,
Rêverie (2019), musique de la Méditation de Thaïs de Jules Massenet- un court solo d’Olga Totukova- est inspirée par une œuvre figurative de la sculptrice autodidacte Cris Pereby. Les notes au piano de l’introduction sont graves et le tempo de l’orchestre, relativement lent. La pièce sert de bande-annonce au programme à venir, et alterne poses et accélérés, nombreux portés, échappées solitaires et travail de groupe à l’unisson.
Delibes suite (2003), une chorégraphie de José Martínez, médaillé d’or au Concours international de ballet à Varna (Bulgarie). Danseur-étoile à l’Opéra de Paris, avant d’en être nommé en 2022, directeur de la danse, il exige de ses interprètes un très haut niveau technique et des qualités artistiques au-dessus de la moyenne. Comme Lidya Kovalenko et Vassiliy Evlachev: à juste titre, ils se sont taillé un beau succès à l’applaudimètre. Lui, aligne une série de sauts de haut vol. Elle, fluide, extrêmement vive, toujours juste, nous révèle un talent comique. Et ils portent beau les magnifiques costumes dessinés par Agnès Letestu et réalisés par Natalia Maciel. Torse nu, Vassiliy Evlachev est en pantalon rouge et Serge Mouawad en pantalon beige. Hania Fourneau, en jaune, Daniela Giannuzzi, en bleu, Lidya Kovalenko, en blanc et Olga Totukhova, en brun.
George Balanchine innovait en prolongeant les scénographies lumineuses du siècle qui l’avait précédé (on pense aux panoramas et dioramas d’Eugène Cicéri, Louis Daguerre pour les ballets romantiques du XIX ème siècle comme Giselle ou La Sylphide donnés à l’Opéra de Paris et les Rundhorizont chers aux Allemands. Ici, la chorégraphe utilise systématiquement le cyclorama éclairé par les lumières de Jonathan Oléon. Le couple Lidya Kovalenko-Serge Mouawad est perturbé par les incessantes incursions d’Hania Fourneau sur la musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski.
Nous retrouvons Olga Totukhova que nous avions remarquée en 2018 dans Aperto libro: style intense, retenue, mouvements déliés, nets et précis. Ici, elle nous propose une version de La Mort du cygne, suivant à sa façon la chorégraphie que Michel Fokine avait créée en 1907 pour Anna Pavlova sur le dernier thème du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Olga Totukhova a un beau port de bras, sans aucun effet pathétique. La musique de piano -enregistrée- est heureusement enrichie par les lignes de violoncelle jouées en direct par le talentueux Enguerrand Bontoux.
Pour conclure ce gala, dans Look!, quatre interprètes, interviennent en alternance sur les mouvements du Concerto pour violon et orchestre en la mineur de Jean-Sébastien Bach. Lidya Kovalenko et Serge Mouawad, remarquables dans le pas de deux de la seconde section avec, pour tout accessoire, un foulard qui les unit, les retient, les contraint. Hania Fourneau et Daniela Giannuzzi font des entrées et sorties sur les premier et dernier mouvements. Au final, ces couples créent un splendide pas de quatre.
Nicolas Villodre
Récital de danses vu le 23 mai, au Sel de Sèvres (Hauts-de-Seine).

Laisser un commentaire