Rêves de Bohdan Pankrukhin et Volodymyr Koshovyi, mise en scène de Roman Khafizov, chorégraphie de Mykhailo Makarov
Roman Khafizo est venu à Paris et a réussi à faire venir certains artistes du Cirque Inshi en France où il avait déjà travaillé. Soutenu par le Sirque de Nexon (Haute-Vienne), l’association Territoires de Cirque et le Ministère de la Culture. Rêves a pu naître grâce à l’engagement de ces artistes, à la solidarité de l’association Territoires de Cirque, de la communauté circassienne en France et grâce à l’aide du Ministère de la Culture, des D.R.A.C. Bretagne et Île-de-France, de la Ville de Paris et des Opéras d’Angers et Nantes.
Une création en exil pour ces jeunes et remarquables circassiens : cinq hommes et deux femmes, au corps imposant de force et de grâce. Comme s’il avait partie liée avec quelque chose de sacré. « Donner disait le solide helléniste François Chamoux (le grand-père de Camille, l’actrice), une forme concrète de l’image mentale que ses concitoyens se font de la divinité. » Ils accomplissent ici un travail exemplaire qui témoigne de l’exigence de l’enseignement artistique dans ce pays. Sur des musiques de Camille Saint-Saëns, Frédéric Chopin, Claude Debussy, Vivaldi, Maurice Ravel, Phil Glass.
Il y a d’abord et par moments, (dans une épaisse couche de fumigène! Cette mode n’épargne décidément aucune compagnie…Mais pas grave!), une danse avec ces huit interprètes qui s’apparente à de l’acrobatie au sol.

Puis, entre autres, un magnifique numéro d’un jongleur hors pair, avec des balles obéissantes circulant sur la tête et les bras d’un jongleur. Un autre avec des cerceaux, eux aussi très obéissants à une jeune femme sur la musique de Madame Butterfly
Deux circassiens, l’un virevoltant, autour d’un filin suspendu aux cintres, la tête souvent en bas et le corps tenant parfois sans l’aide des jambes ou des mains, heureusement, vu les risques, au-dessus d’un épais matelas.
L’autre, clou de la soirée, s’appuyant d’une main sur une série de tiges dont l’une s’élèvera électriquement sur la musique lancinante du Boléro de Ravel. Sans jamais un parole mais avec une rare maîtrise et une élégance que le public a félicitées par des salves d’applaudissements. Tous ces jeunes artistes sont d’une force incroyable, physiquement et mentalement. Et, cela se sent, ils ont envie de faire passer le message: la résistance passe aussi par nous, artistes en exil. Et, à la fin, comme pour dire qu’il faut ne pas oublier de rire, arrive un clown aux cheveux orange sautillant sur une musique folklorique. Et il y a une scène dansée et chantée autour d’une grande table.

Aux saluts, très bien réglés et discrets- ce qui est rare dans la douce France- ces jeunes artistes semblaient un peu tristes (il y a de quoi devant cette guerre qui n’en finit pas). Ils déplient en silence, un drapeau ukrainien et sont encore chaleureusement applaudis. Un heure quinze , un spectacle de qualité exceptionnelle, comme on en voit peu. N’hésitez pas à aller à la Scala.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 4 janvier, à 14 h, 15h ou 19 h, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T.: 01 40 03 44 30.
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