‘Homme, adaptation de la bande dessinée d’Hubert et Zanzim et mise en scène de Léna Bréban

 Peau d’Homme, adaptation de la bande dessinée d’Hubert et Zanzim et mise en scène de Léna Bréban

©x
©x

A l’origine, un conte en forme de roman graphique qui a raflé  touts les grands prix. Dessiné et colorisé par Zanzim et scénarisé par Hubert, paru en juin 2020 quelques mois après le suicide d’Hubert Boulard, de son vrai nom, artiste homosexuel originaire d’une famille catholique et qui redoutait l’homophobie.
Cette B.D. se passe dans l’Italie de la Renaissance. Bianca, jeune fille d’une grande famille, va devoir comme ses amies, se marier.  Ce sera avec Giovanni, un homme choisi par ses parents  dont elle ne sait rien. Et pas question  de refuser cette union imposée par sa famille mais elle ne veut pas épouser  ce riche héritier. Sa tante et marraine lui révèle alors un secret.
La famille a toujours possédé  une « peau d’homme » qui permet de changer de sexe et, si elle l’enfile, elle pourra devenir un homme et découvrir incognito ce Giovanni. Après qu’elle se soit servie de cette peau d’homme, sa  marraine recueillera ses confidences. Mais 
Fra Angelo, un prêtre catholique rigoriste s’oppose vite à Bianca/Lorenzo, comme à Giovanni.

©x
©x


Mais
 le travestissement (souvent utilisé par Shakespeare, Marivaux, etc.) peut apporter des surprises etau théâtre, il est même fait pour cela. Et Bianca comprendra vite que son futur mari aime mieux les hommes, comme ce Lorenzo dont elle a pris l’apparence. Elle découvre alors la notion de genre (actuellement très mode): qu’est-ce qu’être un homme ou une femme dans la société de son temps ou la nôtre?). Lorenzo et Giovanni feront l’amour mais Giovanni ne sait pas -ou ne veut pas savoir- que Lorenzo est, en réalité, Bianca, d’où quiproquos en chaîne…

 Mais comment adapter au théâtre une remarquable bande dessinée, fourmillant d’intelligence graphique et de poésie, qui a récolté de nombreux prix. C’est tojours un pari risqué et ne peut pas fonctionner correctement. Impossible de retrouver ici la construction séquentielle de la B.D. Et sur une scène, les codes ne sont pas les mêmes: un lecteur de B.D. découvre un espace qui s’ouvre et avance d’une case, voire d’une page à l’autre, mais toujours de façon linéaire. Le lecteur ne voit pas toujours le montage, les effets de cadrage et d’espace mais les ressent.

Et un public de théâtre? Dans un adaptation scénique, comment concilier une absence de signes graphiques et un scénario? C’est mission impossible pour un metteur en scène m-me averti comme Léna Bréban et le public assiste donc à une succession de courtes scènes, avec, pour fil rouge, le personnage de Bianca (brillante et efficace Pauline Cheviller comme Vincent Vanhée (le Prêtre). Mais les autres interprètes, dont certains travestis, ont tendance à en faire trop. Et malgré l’actualité des thèmes abordés: liberté et plaisir sexuel des femmes, notion de genre, tolérance dans un couple, domination familiale y compris celle des mères et femmes âgées sur les jeunes, toute puissance du clergé masculin et intégrisme religieux, plaisir et liberté des jeunes filles, comment arriver dire sur scène ce Peau d’homme qui est aussi le récit du passage à l’âge adulte et la découverte du corps féminin et masculinLes costumes-pour la plupart réussis- d’Alice Touvet, à dominante rouge, vert et bleu semblent correspondre aux couleurs souvent en demi-teinte utilisées par Zanzim… Mais ici sans véritable unité avec les éléments d’un décor très kitsch! Cmme ces arcades en fausses pierres où pendouille du faux lierre… Tous aux abris !
Et surtout la mise en scène de cette reprise est vraiment trop approximative malgré une solide chorégraphie signéLeïla Ka. Il y a de l’Alexis Michalik dans l’air, en un peu moins racoleur (voir Les Producteurs dans Le Théâtre du Blog), avec déplacements incessants d’éléments scéniques sur roulettes: escalier, imposantes et médiocres sculptures en polyester de femmes nues, chansons, via des micros H.F.- mais cela comme d’habitude, ne résout rien- dialogues faibles et souvent moralisateurs, fréquentes entrées des personnages par la salle qui, du coup, se trouve éclairée par le soleil, scène d’amour bâclées, dramaturgie brouillonne avec polysémie d’images mal ficelées et paroles  quelquefois inaudibles à cause d’une mauvaise balance musique/paroles ou chant, fausses fins, et trois fois, comme partout ailleurs, épais jets de fumigène… Cela fait quand même beaucoup d’erreurs. On nous dira sans doute que c’est une reprise, et que cela va aller mieux, que ce n’était pas le bon jour mais, au théâtre, comme le dit souvent notre amie Christine Friedel, il n’y a pas d’excuses.
Bref, ce pseudo-conte médiéval a sans doute été trop vite réécrit partir de la B.D. originale qui, de toute façon, est un médium avec une trame narrative qui obéit à sa logique propre. Et quand il faut faire passer une action avec des acteurs, rien à faire, la machine se grippe et ne fonctionne pas,même sur le beau plateau de la Comédie des Champs-Elysées, où il y a déjà un siècle, Georges Pitoeff créait en France Six personnages d’auteur de Luigi Pirandello. Ensuite, Louis Jouvet y monta Jules Romains, Molière, puis Jean Giraudoux…
Léna Bréban a d’indéniables qualités de metteuse en scène (elle l’a prouvé avec, entre autres avec Colette  et Sans Famille en collaboration avec Alexandre Zambeaux, Comme il vous plaira… Mais cette fois, elle s’est plantée en grande partie, à cause d’une dramaturgie faiblarde.  Malgré encore une fois, le jeu impeccable 
de Pauline Chevilley.
Sauf, à de rares moments, nous n’avons senti une connivence avec le public, même si on le fait battre des mains, comme à Guignol ni une véritable émotion. Nous avons vu toutes les mises en scène de Léna Bréban qui a maintenant un solide métier, mais pourquoi va-t-elle d’adaptation en adaptation, comme c’est très mode actuellement, la dernière du Mariage de Figaro étant aussi peu convaincante que celle-ci! Au lieu de monter une vraie et bonne pièce et, si elle ne veut pas monter d’auteur contemporain, le répertoire n’en manque pas. Comme aurait -presque- dit le marquis de Sade, Léna encore un effort! Sur l’avenue Montaigne, en dimanche après-midi, dehors, il y avait un beau soleil et il faisait presque chaud… Cela faisait du bien…

Philippe du Vignal

 Comédie des Champs-Elysées, 15 avenue Montaigne, Paris (VIII ème).T. : 01 53 23 99 19.

 Peau d’homme d’Hubert (scénario) et Zanzim ( illustrations) est publiée chez Glénat.

 

 


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

14 − 8 =