Adieu Geneviève Page

Adieu Geneviève Page
Cette  grande comédienne vient de nous quitter à quatre-vingt dix-sept ans. Geneviève Page, née Bonjean, était la fille d’un antiquaire  galiériste et poète et de Germaine-Catherine Lipmann, héritière des montres Lip. Chez ses parents qui se marièrent, il y a juste cent ans, elle  rencontra nombre d’écrivains et artistes comme Jean Cocteau, Max Jacob… Son fin visage et sa voix grave forment un contraste séduisant et elle alterna rôles tragiques et comiques.
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« L’enthousiasme, disait-elle, est mon sport favori. »  Après des succès au boulevard avec La Manière forte de Jacques Deval. Mais aussi à Londres avec Happy Times, elle jouera au T.N.P. de Jean Vilar. Elle forme un duo exceptionnel avec Gérard Philippe dans Lorenzaccio et Les Caprices de Marianne d’ Alfred de Musset. Et elle joue en travesti dans L‘Heureux Stratagème de Marivaux  et  La Nuit des rois de  William Shakespeare. Actrice de la compagnie Renaud-Barrault, elle est une frémissante Dona Prouhèze dans Le Soulier de satin de Paul Claudel, son auteur de prédilection qu’elle retrouvera dans L’Echange où elle incarne la flamboyante Lechy. Mais elle est aussi Hermione dans Andromaque de Jean Racine, la Reine de L’Aigle à deux têtes de Jean Cocteau et joue dans Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo, mise en scène de Jean-Louis Barrault.

Styliste révoltée dans Les Larmes amères de Petra von Kant de R.W. Fassbinder, elle est aussi  la Mère Courage, dans la pièce éponyme de Bertolt Brecht et sera la tenancière du Balcon de Jean Genet. Et en 93, un impressionnante Athalie au festival d’Anjou et au Théâtre antique d’Epidaure où nous avons eu le bonheur-à douze ans!- de la voir.
Quatre ans plus tard, elle incarne avec humour, la tragédienne autoritaire de Colombe de Jean Anouilh. Et son récital poétique, Les Grandes Forêts, remporte un  grand succès, notamment à Beyrouth. Elégante et racée, sobre et pondérée, au charme parfois étrange, à l’aise en anglais aussi bien qu’en français, Geneviève Page excella aussi au cinéma… entre autres, dans L’Énigmatique Monsieur D de Sheldon Reynols avec Robert Mitchum
et dans Le Bal des adieux de Charles Vidor et George Cukor, avec Dirk Bogarde.
Elle est la mère-maquerelle dans Belle de jour de Luis Buñuel. Et Gabrielle, l’espionne de charme qui fait perdre  la tête au héros de La Vie privée de Sherlock Holmes, des rôles  qu’elle a remarquablement tenus. En 2005, nous avions eu la chance de la voir au Mégaron, à Athènes, dans lopéra de Claude Debussy, Le Martyre de Saint-Sébastien. Et en 2011, à quatre-vingt-quatre ans, elle joua encore dans Britannicus de Jean Racine, mise en scène de Michel Fau. Le théâtre classique et contemporain lui doit beaucoup. Merci Geneviève Page.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 Les obsèques de Geneviève Page auront lieu dans la matinée du 20 février à l’église Saint-Sulpice, à Paris (VI ème).

 

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