‘Avignon Sea of silence, de Tamara Cubas, ( en espagnol, édo, arabe, mapuche, alais, didxaza, borum, surtitré en français et anglais)

Festival d’Avignon

Sea of silence, de Tamara Cubas, (en espagnol, édo, arabe, mapuche, alais, didxaza, borum, surtitré en français et anglais)

Dans la Genèse, la femme de Loth (Ado ou Édith dans certaines traditions juives mais non nommée dans la Bible) s’enfuit de Sodome en feu. En se retournant, elle aurait trahi ses inclinations secrètes pour le péché et fut alors changée en statue de sel. Un épisode de la Bible qui a beaucoup impressionné cette créatrice urugayenne.
Et ici, le plateau est recouvert d’une épaisse couche de sel blanc. Tamara Cubas a entrepris depuis des années une recherche sur les mouvements migratoires, notamment avec Sculpting of silence, une installation créée pendant la pandémie. C’était un paysage où le public pouvait circuler et accompagné d’une bande sonore, et d’un texte poétique du dramaturge Gabriel Calderón ( voir Le Théâtre du Blog) qui a collaboré à cette Sea of silence où sept femmes de pays et de langue différente (Nigéria, Egypte, Indonésie, Brésil, Chili, Mexique,Uruguay) s’unissent dans une sorte de rituel en chantant et en dansant. Un rituel, dit Tamara Cubas, inspiré des sorcières ( en réalité des sortes de médecins) qui furent tuées par centaines en Europe du XV ème au XVII ème siècle.

 

© Ch. Raynaud de Lage
© Ch. Raynaud de Lage

La première image est de toute beauté : sous une sculpture suspendue qui se révèlera être une sorte de grosse racine, une femme est là seule debout dans la pénombre bientôt rejointe par les six autres, toute habillées de blanc avec des colliers ou cou ou aux chevilles. s’assiéront ou s’allongeront près d’elle en silence. Puis toutes ensemble, Noelia Coñuenao, Karen Daneida, Dani Mara, Ocheipeter Marie, Hadeer Moustafa, Sekar Tri Kusuma, Alejandra Wolff commenceront à marcher lentement en rythme, puis à danser et à chanter de longues mélopées. Mais on ne discerne pas très bien où Tamara Cubas veut nous emmener.
Le texte de cette «communauté éphémère dans un temps suspendu» : revendications féministes clairement affirmées, évocations de la vie des ancêtres plusieurs fois répétées, phrases disant l’importance du corps, bribes de prières catholiques dont «Priez pour nous pauvres pêcheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.» s’affiche traduit sur le mur du fond.
Un texte intéressant mais sans fil conducteur et qui passe trop vite. Nous avons aussi envie de regarder ces danses souvent magnifiques, mais impossible de choisir ! Dommage et pourquoi ce recours systématique aux micros H.F.?  Pendant une heure et quart, le flot envahissant de ces voix trop amplifiées et sans aucune plage de repos, nuit à cette performance qui, sur le plan visuel, est de toute beauté mais dont la mise en scène devrait être sérieusement revue.
. « Nous créons ensemble, dit Tamara Cubas  un nouveau rituel anticapitaliste, nous imaginons une stratégie nouvelle pour bousculer les idées coloniales, les frontières imposées par les pays pour justifier les guerres. Il y a un côté épique assumé dans ce rituel. Les frontières, la division du monde… Tout cela est fondamentalement politique. » Mais tout cela n’est guère visible ici, et cette Sea of silence, malgré de grandes qualités picturales, est décevante.

Philippe du Vignal

Spectacle présenté du 4 au 9 juillet, au Théâtre Benoît XII, rue des Teinturiers, Avignon.

 

 


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