Festival d’Avignon off
Appels d’urgence d’Agnès Marietta, mise en scène d’Heidi-Eva Clavier
C’est une reprise d’un spectacle créé l’an passé (voir Le Théâtre du Blog). Sur la petite scène, quelques socles avec un ordinateur pour régler quelques lumières et une console pour le son, le tout manié à vue par Coco Felgeirolles, et à cour, un peu en retrait, un écran de télévision. En bord de plateau et sur un des murs de la salle, une quinzaine de photos de l’actrice, de la petite enfance à aujourd’hui. Et qu’elle invite à voir avant le spectacle.
Derrière, en filigrane, le spectre de ce qu’on appelle: les nouvelles technologies : « Il m’en a fallu du temps pour m’y faire (…)il m’a fallu plus de temps que la moyenne déjà la télé j’étais un peu snob à l’époque la télé pas question je disais à mon mari mon ex-mari pas question et on était d’accord j’ai tenu un certain temps les enfants râlaient et c’est lui mon mari qui a fini par craquer à cause de Roland Garros c’était très peu de temps avant qu’on se quitte il est revenu avec une télé énorme sans me demander mon avis alors que la veille, il m’avait dit : tu as raison, pas de télé, si les enfants s’ennuient ils n’ont qu’à lire comment on faisait nous on lisait et tiens Roland Garros (…)

« Le coup de la télé, bien sûr, c’était un détail mais de le voir enfermé avec les enfants les yeux rivés sur l’écran à regarder cette connerie de match pim pam pim pam .(…) Toujours est-il la télé est arrivée dans ma vie et on ne peut pas dire qu’elle l’ait altérée pas que je sache celle de mes enfants oui mon fils, j’ai l’impression qu’à cette période, il s’est assis sur le canapé et qu’il ne s’est jamais relevé jamais dans la continuité il y a eu les jeux vidéo l’ordinateur, les jeux en ligne, le portable. »
Agnès Marietta a eu envie d’écrire pour Coco Felgeirolles sur comment en arrive-t-on à être la vieille ou le vieux de quelqu’un d’autre, surtout en ces temps de technologies qui changent en quelques années. Alors que Georges Perec a d’abord vécu dans un quartier du XXème à Paris, où il n’y avait pas encore l’électricité! Et encore moins le téléphone, la télévision, et bien sûr, l’ordinateur, les réseaux sociaux, les portables, etc. Et on est passé du disque 78 tours au 33 tours vite fait puis aux CD et DVD puis aux programmes dématérialisés, avant un retour en grâce limité des 33 tours et de la cassette audio…
C’était mieux avant? Pas sûr, mais plus lent et donc moins stressant. Dans une société coupée en eux dont une France rurale vite sacrifiée sur l’autel de la toute puissante modernité, l’Etat français macronien ne jurant que par Internet, a quand même été obligé de rétro-pédaler (mais sans jamais l’avouer!) et de créer fissa des «hôtels numériques» (charmante formulation!) pour compenser la disparition de nombreux services dans la France profonde. LAMENTABLE!
Haro sur le papier, prière d’aller vous connecter aux services des Impôts, E.D.F., Chèques Emploi Service, Sécurité sociale, Caisses de retraite, agences bancaires, postales SNCF… Donc, via des écrans et un assistant, on aide (mais au minimum!) ces pauvres abrutis-jeunes ou moins jeunes- ne disposant pas ou ne sachant pas se servir d’un ordinateur et dont le téléphone portable ne fonctionne pas chez eux par manque d’antennes-relais correctement placées (exemples sur demande et que les sbires de Macron qui a réponse à tout, viennent constater: » Oui, on peut poser la fibre mais il faudrait soixante poteaux… Alors pour deux maisons! Vive la République et vive la France?
Appels d’urgence est née d’un travail de tricotage féminin à base d’interviews de la comédienne fait par l’autrice et la metteuse en scène entre fiction et réalité. Avec en filigrane, le portrait de madame Waller, la prof de français-latin de Coco Felgeirolles dans les années soixante. « Une femme brillante, atypique, intransigeante avec une grande aura sur les élèves. »
Un monologue sans prétention et solidement écrit, où Coco Felgeirolles dirigée face public par Heidi-Eva Clavier qui sait bien faire. »Au fil de la pièce, dit la metteuse en scène, elle remonte le fil de sa vie à l’aune des nouvelles technologies, des difficultés, embûches ou soutiens qu’elles lui ont donné et lui donnent encore. La toile d’araignée des réseaux sociaux, qui permet de façonner sa vie, en fonction de celui qui va la recevoir. Qui permet une certaine ubiquité : être ici et ailleurs en même temps, mais aussi être là et pas là en même temps.( …) Ce qu’elle cherche, son enquête, son but, c’est comment réussir à avoir un rapport vrai, simple. »
Dit simplement, ce monologue maintenant très bien rodé nous parle en une heure de cette débauche de technologies, celles entre autres assez prétentieuses qui encombrent en ce moment les plateaux de théâtre… Ici, quelques projecteurs et quelques musiques, c’est tout. Mais une belle actrice qui nous raconte à son rythme et avec humour, cette difficile adaptation des humains, au monde d’aujourd’hui.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 21 juillet ( jours impairs) Arthéphile, 7 rue Bourg Neuf, Avignon.
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