»Aurore Fattier

Qui a peur, texte de Tom Lavoye, traduction française d’Aurore Fattier et Koen de Sutter, mise en scène d’Aurore Fattier


Depuis bien des années Claire et Koen, couple d’acteurs -elle wallonne, et lui flamand-jouent la pièce-culte
Qui a peur de Virginia Woolf? mise en scène dans le monde entier, de l’auteur américain Edward Albee (1928-2016). Martha, la cinquantaine, fille du grand patron de l’Université, est mariée depuis plus de vingt ans à George, professeur d’histoire. Nick, jeune professeur de biologie, assez arriviste et Honey, sa femme, un peu naïve mais inquiétante après une soirée ailleurs, viennent  retrouver George et Martha. Ces alcooliques vont tout au long de la pièce se déchirer dans un mélange de vérités et de mensonges cinglants devant le jeune couple qui sortira bouleversé.
George et Martha, après cette nuit qui ne doit pas être la première se retrouvent encore plus seuls à l’aube, quand leurs invités auront quitté le champ de bataille. Nous avions vu cette œuvre à sa création à Paris en 64, remarquablement mis en scène par Franco Zefirelli et interprétée par M
adeleine Robinson (Martha), Raymond Gérôme (George), Pascale Audret (Honey) et Claude Giraud (Nick), excellents interprètes, aujourd’hui disparus. La pièce avait été aussi très bien mise en scène par Dominique Pitoiset en 2009  et sept ans plus tard, par Alain Françon.
C
e texte de Tom Lanoye, joué il y a deux ans au festival d’Avignon, est une revisitation de la pièce originale. Claire et Koen, des acteurs déjà un peu âgés n’ont plus le moral, les subventions n’arrivent pas, le public se fait plus rare et ils sont visiblement épuisés de jouer chaque soir cette même pièce. Bref, leur couple bat de l’aile et, à la ville comme à la scène, ils commencent à ne plus pouvoir se supporter. Mais arrivent pour une audition à laquelle ils les ont convoqués, Leïla et Khadim, jeunes acteur, lui, africain et elle, arabe. Si Koen les engage, son petit théâtre pourra avoir une aide de l’État. Et le combat entre ces acteurs plus tout jeunes et ces débutants aura lieu sur plus d’une heure…

© Prunelle Rulens
© Prunelle Rulens

C’est, selon Aurore Fattier, qui dirige mainteant aux côtés de Catherine Laugier, le Centre Dramatique Nationalf de Caen , » une comédie cruelle et drôle, un précipité de réalité documentaire, un état des lieux des conflits politiques et intimes qui animent les artistes de théâtre aujourd’hui, écrit sur mesure par Tom Lanoye, pour les acteurs qui l’interprètent. C’est aussi une déclaration d’amour à ceux qui inscrivent leur vie dans cet art. »
On veut bien mais le texte est souvent léger et fait le plus souvent penser à ces écritures, dites de plateau, c’est à dire, des  improvisations. Et les thèmes, banals comme les conflits entre générations, dans les coulisses et sur la scène, une évocation du monde artistique à l’ère Mi-Tout… Bref, un  insignifiant théâtre dans le théâtre, procédé usé jusqu’à la corde.Et les dialogues, inspirés par ceux d’Edward Albee et pondus par Tom Lanoye, écrivain belge reconnu, tiennent rarement la route! Il faut se pincer pour croire même une seconde comme on nous l’assène de façon assez prétentieuse, que «le théâtre devient la scène métaphorique des dérives de notre société contemporaine et le lieu de tous les règlements de compte.»

Côté mise en scène, cela commence mal avec déjà avant le spectacle, des projos éblouisseurs qui font mal aux yeux, sans doute pour nous empêcher de voir une scénographie remarquable et absolument essentielle !!! Une vingtaine de chaises en plastique gris alignés en fond de scène et sur un tapis de laine, un canapé vert placé dos au public et deux fauteuils… Et sur un écran de tulle noir fermant la scène, très agrandi et mal filmé, le visage en noir et blanc de Claire Bodson, avec, en gros plan,  un micro H.F. Là, il n’y plus qu’à tirer l’échelle devant  tant de médiocrité. Le procédé est sans aucun intérêt et vu partout mais on nous le servira plusieurs fois et quand est retransmis sur ce tulle noir, le visage de Khadim Fall, acteur africain, on le voit évidemment à peine…

Aurore Fattier utilise sans aucun état d’âme tous les poncifs actuels: lumières stroboscopiques et, à un moment, émise par tubes fluo blanc cru au-dessus du plateau, coups de batterie électronique, retransmission par vidéo et en gros plan du visage des acteurs, jeu dans la salle (à la fin seulement) et bien sûr, une petite dose de fumigène !
Et pourquoi fait-elle jouer pendant dix minutes les protagonistes, assis dans un canapé et dos au public? Pourquoi ces lumières sépulcrales et mal réglées? Pourquoi ces  jets de chaises (dangereux) à plusieurs reprises, entre acteurs? Cela fait quand même beaucoup d’erreurs, et, cerise sur ce pudding,  les saluts avec allers et retours du plateau à la salle-la dernière image que garde le public!-sont ratés!
Que sauver de ce mauvais spectacle? Sans aucun doute une scène de vraie/fausse engueulade entres Leila Chaarani et Khadim Fall: là Aurore Fattier vise juste et bien. Et la scène entre l’acteur âgé (Koen De Sutter)  et la jeune comédienne  est très subtilement dirigée.
Mai elle assure que «la pièce de Tom Lanoye fonctionne comme celle d’Albee, c’est-à-dire qu’elle opère une catharsis. J’aimerais qu’à la fin, on ait l’impression d’avoir été purgé de quelque chose. On doit avoir beaucoup ri, pleuré, été traversé par des émotions fortes, s’être identifié à tel personnage puis à tel autre… On doit avoir travaillé en tant que spectateur, et donc à la fin, on doit se sentir mieux parce qu’on a éprouvé des choses. Je voudrais que ça donne envie aux gens de retourner toujours plus au théâtre, évidemment. »
Là, désolé, non, les émotions fortes comme le rire, ce sera pour une autre fois.  Et ce genre d’entreprise ne donne absolument pas envie d’aller passer une heure quarante dans un théâtre.
Mieux vaut aller voir, ou revoir, le film de Peter Nichols,  adapté d’Edward Albee…

 Philippe du Vignal

 Jusqu’au 25 mai, Théâtre 14, 21 avenue Marc Sangnier, Paris (XIVème).

Lundi 13 mai à 20 h 30, projection du film Qui a peur de Virginia Woolf ? de Peter Nicols, à l’Entrepôt, 7 rue de Préssensé, Paris (XIV ème) .


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