Fin de party de Bruno Gare et Patrick Dordoigne, mise en scène de Patrick Dordoigne

Fin de Party de Bruno Gare et Patrick Dordoigne, mise en scène de Patrick Dordoigne

L’auteur est passé par l’école de mime Jacques Lecoq et ce solo est programmé (logiquement!) au Théâtre des  Enfants du paradis, jouxtant Les Folies Bergère à Paris et tirant son nom de celui du film ( 1944) de Marcel Carné. Consacré surtout à l’art du silence du célèbre mime Jean-Gaspard Debureau (1796-1846) incarné par Jean-Louis Barrault.

© Nicolas Villodre
© Nicolas Villodre

Malgré quelques défauts qui s’estomperont avec le temps, saluons la performance de l’acteur et l’écriture de l’auteur. Au lieu d’enfiler saynètes ou sketches, il a conçu avec Patrick Dordoigne, un solo dont le thème est cohérent et efficace, si l’on en juge par les rires dans la salle.
Le texte est sans doute un peu trop long – une heure aurait suffi- avec Cry me a River, une chanson d’Arthur Hamilton popularisée par Julie London, qui fait contrepoint au tube inaugural de Beyoncé.

Et le spectacle aurait besoin de plus de gags. Même s’ils font mouche à chaque fois, ils tardent à venir. Bruno Gare a nettement les capacités pour écrire du théâtre mais doit fignoler son texte. Ces auditions pour des films publicitaires ou des chansons enfantines avec de fausses dents à la Jerry Lewis ne suffisent pas à donner le change. Ou encore un monologue shakespearien en préparation et une lettre de l’épouse au contenu trop attendu.

 Quand sa femme le quitte, Jérôme-Philippe Lessieur, quarante quatre ans, acteur de second ordre, se retrouve père célibataire de deux enfants, tiraillé entre ses ambitions professionnelles et ses nouvelles responsabilités. Bref, il lui faut gérer l’inconciliable et comme il n’a rien anticipé, il va se retrouver face à lui-même pour surmonter cette épreuve existentielle.
Le personnage composé par Bruno Gare est un peu beauf sur les bords, voire macho, anti-féministe, paumé… Et la charge fonctionne: il ne faut pas lésiner et Coluche avait ouvert la voie. Mais le cadre de référence paraît limité ( la fête entre potes est de trop!), voire daté : maintenant les voitures démarrent (presque) au quart de tour sans qu’on ait besoin de les pousser et leurs manivelles ont disparu depuis longtemps. Bref, passer du réalisme, au fantastique, n’est pas évident, y compris chez les plus grands réalisateurs de comédies.Ernst Lubitsch s’essaya à la métaphysique dans Le Ciel peut attendre (Heaven can wait, 1943) où le personnage juste après sa mort, se présente auprès du Diable  et sollicite son entrée en enfer.

Bruno Gare aborde ici le thème contemporain de la famille éparpillée, avec ce personnage bobo, un peu bêtassoun et vite dépassé par des événements qu’il a lui-même provoqués et dont il n’assume jamais la responsabilité. Mais il finit par être attachant grâce à ses talents de guitariste de jazz et chanteur. Ce solo est intéressant mais pour Bruno Gare, ce n’est pas la fin de party; elle ne fait que commencer. A suivre…

Nicolas Villodre

Jusqu’au 27 décembre, les mardis à 19h 30, Théâtre des Enfants du Paradis, 34 rue Richer, Paris (IX ème). T. : 01 42 46 03 63. 

 


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