‘Avignon: Le Champ des possibles (Élise : chapitre trois) de et par Elise Noiraud

Festival d’Avignon

Le Champ des possibles (Élise : chapitre III) de, et par Elise Noiraud

PHOTO-LE-CHAMP-DES-POSSIBLES-VERTICALE-3 Une trilogie haute en couleurs. Après La Banane américaine et Pour que tu m’aimes encore, chapitre deux, joué plus de deux cent cinquante fois, voici Le Champ des possibles créé cette année au Théâtre de la Reine Blanche à Paris.

 

Les étapes d’une vie: enfance, adolescence, passage à l’âge adulte avec  cette trilogie tragi-comique, intime et universelle à la fois, à la verve originale: Élise Noiraud orchestre avec malice, tendresse et douleur aussi ces  trois phases inspirées de ses expériences… Rire et chagrin, véritable chant à la vie avec ici, comme dans ses précédents spectacles rythme, esprit et voix ! Une  épopée auto-fictionnelle avec laquelle  nous éprouvons éprouve un vrai partage. Élise Noiraud évoque des tranches de vie et chaque génération peut entrer bon gré mal gré en complicité avec son personnage et ses proches.  Une tragi-comédie reflétant avec justesse l’évolution des mœurs et des rapports inter-générationnels…

 L’installation, La construction, L’effondrement, La séparation…  Élise, jeune fille d’un village de Poitou-Charentes a dix-huit ans et son bac en poche: l’avenir désormais s’ouvre à elle. Quitter sa famille, « monter » à Paris, trouver un logement, choisir et entreprendre des études… En trois mots : devenir adulte ! Et prendre la vie à bras le corps, comme bon lui semble. Elle nous raconte ainsi son entrée à l’Université, sa découverte de Paris et ses expériences de petits boulots: garde d’enfants chez des bourgeois insupportables et ridicules, etc. Au bout de ce parcours initiatique, une révélation, un presque miracle : le théâtre !

Le public, pris sous le charme d’Élise Noiraud, est ému et joyeux. Rien de ce passage à l’âge adulte, n’échappe à l’œil critique, à l’humour et la sensibilité aiguisée de l’auteure, seule en scène. Dans un espace noir, juste une chaise et quelques jeux de lumière lui suffisent à passer d’un personnage à l’autre : mère possessive, aimante et névrosée, tante hystérique, grand-mère envahissante, copains puis agent immobilier vulgaire et opportuniste: «Excusez-moi (l’agent immobilier décroche son téléphone) Ouais, Majid. Ouais (…) C’est pas un bidet, cinquante centimètres, c’est une baignoire. Et c’est 900, hein. Avec baignoire, on passe à 900. Ouais, ouais, ils vont essayer de te la faire à l’envers mais c’est 900. Ben, ils ont qu’à acheter une bassine. »
Et le personnage d’Élise, jeune fille idéaliste, angoissée et enthousiaste : «Je suis une jeune femme pleine d’énergie, vive et débrouillarde. Si vous acceptez ma candidature, soyez certains que je saurai mettre mes qualités humaines au service de votre Université. Je sais que ma faculté de rattachement se trouve à Poitiers mais je veux aller à Paris, car c’est une ville qui m’a toujours attirée et parce que, là-bas, il y a tout. », écrit-elle dans sa lettre de motivation, en vue de son inscription en lettres à Paris-Sorbonne.

L’auteure-interprète a su mettre les mots et trouver une veine de langage très personnelle dans une série de portraits pleins d’esprit.  Avec humour et imagination mais aussi humanité. Depuis La Banane américaine, Élise Noiraud façonne avec dextérité son personnage, comme ici, dans ce troisième et dernier chapitre où elle est habitée par ce désir de liberté sans fin, si propre à la jeunesse. Au risque de le payer cher. On ne revient jamais en arrière… Tout cela exprimé ici dans une relation mère/fille, à travers des situations en apparence banales et connues de tous. Non-dits, silences, rires et cris en disent long et c’est une des forces et toute la subtilité du spectacle.
Elise Noiraud laisse les paroles surgir de la bouche des personnages, le plus souvent d’une spontanéité ravageuse ou touchante, quelquefois pathétique. Et la gestuelle expressive de cette acrobate du langage comme du corps, font de ce solo et de sa thématique : enfance et jeunesse face au monde, un spectacle fin et touchant mais sans cadeau. Elise Noiraud se rit de nous, les adultes, de nos convictions, proches parfois de la bêtise et nous nous laissons surprendre, réfléchir, grâce à cette série d’images de toute une jeunesse encore à l’écoute de l’enfance et de sa beauté. Du théâtre, un conte, du cabaret poétique.
Tout un champ des possibles, tout le champ de la vie !

Elisabeth Naud

Du 5 au 28 juillet, Théâtre Transversal, 10, rue Amphoux, Avignon. T. : 04 90 86 17 12


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