Identité

Identité, texte et mise en scène Gérard Watkins

02identitel1000398.jpgJusqu’où serions-nous prêts à aller si les circonstances l’exigeaient ? À quelles trahisons envers nous-mêmes et nos proches pourrions-nous nous livrer ? C’est la question fondamentale sur cette part d’humanité que chacun porte en soi que pose avec talent Gérard Watkins dans sa troublante pièce Identité. (voir Le Théâtre du Blog pour la première version).Une question hautement d’actualité en cette période de crise, où les fins de mois difficiles nécessitent pour beaucoup, ruse autant que courage pour s’en sortir. C’est  ce qui arrive à Marion et André Klein. Un charmant couple moderne qui a des problèmes d’argent. Pour gagner quelques euros, ils acceptent de répondre à un questionnaire des plus ambigus, qui s’apparente d’ailleurs de plus en plus à un test d’identité avec recherche des ancêtres et surtout traçabilité des origines. Un bien lugubre rappel à d’autres atroces recherches qui ont eu lieu par le passé, notamment pour ceux qui, comme Marion et André, avaient un nom à la résonance aussi « juive » que « Klein ». Le couple va donc vivre une expérience des plus fondatrices et des plus étourdissantes. Chacun va apprendre à se connaître lui-même et à découvrir en l’autre une part d’inconnu qu’il ne soupçonnait peut-être pas. L’amour qui lie André et Marion survivra-t-il à cette terrible épreuve ? Nous vous laissons le loisir de le découvrir.
L’auteur et metteur en scène Gérard Watkins a choisi un décor dont la blancheur immaculée renvoie d’emblée à cette question de la « transparence », corollaire à celle du test et de l’identité, pour illustrer concrètement cette notion de pureté. Ainsi, de cet épais tapis de laine moelleux et ces murs où est suspendu un imperméable jusqu’à la robe de dentelle de Marion : le blanc est partout. L’intérieur de l’ appartement , tel qu’il s’offre à nos yeux,  nous plonge  au cœur d’une intimité. Là où le bât blesse si fort…
Pour incarner Marion et André, Gérard Watkins s’est entouré de deux comédiens exceptionnels, Anne-Lise Heimburger et Fabien Orcier. Exceptionnels d’abord par leur physique et leur élocution, aussi rares et originaux qu’ils sont loin d’être interchangeables, ils incarnent idéalement cette question identitaire. Ils ont ces physiques qui gravent une marque indélébile dans la mémoire, comme ceux que l’on trouve dans les films de Ken Loach ou des frères Dardenne.   Typés, racés, ces jeunes comédiens ont du caractère. Elle, femme-enfant, est belle à croquer, et sa blondeur candide n’est qu’une apparence, car elle se révélera l’opposée d’une ingénue. D’ailleurs, elle a entamé une grève de la faim, une expérience qui l’affaiblira tout au long de la pièce, mais qui requiert une immense force morale. Lui a parfois le regard attendrissant d’un cocker et un côté débonnaire, un masque lui aussi prêt à tomber. Et il éprouve une réelle appétence pour l’alcool… Un couple déprimé, sur le fil du rasoir, prêt à s’adonner à des actes horribles pour s’en sortir. Un thème vertigineux qui a de l’avenir, et une pièce convaincante que nous vous encourageons à découvrir d’urgence.

Barbara Petit

Au Théâtre de la Bastille jusqu’au 11 février.

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