LA CONFERENCE de Christophe Pellet, spectacle conçu et interprété par Stanislas Nordey.
Un écrivain, un dramaturge plus précisément, Thomas Blanguernon, qui a fui la France, l’esprit français symbolisé par l’attachement de ce pays à ses plats en sauce, les institutions théâtrales françaises et ses représentants étrangers à la beauté, est sollicité par Marijo, qu’on imagine bien secrétaire générale d’une de ces institutions, pour faire une conférence dans le lieu où elle officie.
Nous ne saurons pas grand chose de cette conférence, sauf qu’elle a beaucoup impressionné Leo Fraticelli, jeune dramaturge, fils d’un fabricant de bouchons de bouteille, dont les textes sont publiés chez un éditeur « qui a pignon sur rue », son double naïf.
Ce que nous entendrons, c’est la colère de ce Thomas Blanguernon contre l’esprit français, l’Etat français, la société théâtrale française symbolisée par ces « figures » de la société théâtrale française en qui il avait placé beaucoup d’espoir avant de constater leur faillite. Dans le hall bétonné de ce centre dramatique où il attend Marijo qui n’assistera même pas à la conférence, il croise Didier Pallanquet le directeur du lieu, qui lui lance: « Encore là, Blanguernon? Toujours dans le circuit! »
Il est dans le circuit en effet, il s’est précipité dans le piège la tête la première, il est à nouveau prisonnier de cet état français qui n’a jamais pu renouveler » le coup de génie du 4 Août 1789″, de cet esprit français dont les quatre principes- vexation, dénonciation, collaboration, dissimulation- sont toujours actifs, et d’une « figure » représentative de la société théâtrale française, au sein de laquelle le théâtre est un « enfant de pierre », un foetus minéralisé.
Il a en tête le souvenir de son amie belge, Esther Cohen, qui fut nommée à la direction d’une de ces institutions françaises et qui s’est suicidée après seulement quelques mois de « vexations ».Heureusement, il sait que l’attend à Berlin son ami, le professeur de philosophie, Moritz Guttenberg dont les conversations l’ont souvent retenu au bord du vide.Il lui faut fuir à nouveau, disparaître, retrouver Berlin pour ne pas être surinfecté, mais en a t’il les moyens lui qui vient de dépenser une partie de son cachet au bistrot?
Christophe Pellet a eu le Grand Prix de Littérature Dramatique en 2009 pour ce texte, cri de colère très « Bernhardien » contre l’esprit français fossoyeur de la beauté et ces institutions théâtrales qui n’ont pas voulu de ses textes , par ailleurs reconnus, publiés, soutenus par des aides à la création dont personne ne profitait. Il se veut un héritier d’Ibsen, l’explorateur des âmes, et est à l’affût dans les souterrains de l’esprit, et il a donc a ramassé sa colère d’auteur mal aimé dans ce texte virtuose, drôle et dénonciateur. Le texte est joué dans une de ces institutions théâtrales françaises par un de ses enfants gâtés. Et c’est magnifique et dérangeant.
Dans un espace qui traduit la démesure inhumaine et la froideur de ces bâtiments pourtant prévus pour séduire le public, Stanislas Nordey nous fait parvenir ce texte, sans doute redoutable à mémoriser, tant il revient toujours au même endroit de la colère, avec une précision et une densité étonnantes. Nous ne perdons pas un mot de ce cri de colère à la saveur amère mais tonique.
Françoise du Chaxel, 14 janvier 2011
Au Théâtre du Rond Point, jusqu’au 30 Janvier, 01 44 95 98 21.
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