Memories of Sarajevo conception et mise en scène de Julie Bertin et Jade Herbulot

 

Festival d’Avignon

Memories of Sarajevo, conception et mise en scène de Julie Bertin et Jade Herbulot

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Julie Bertin et Jade Herbulot

A Sarajevo déjà! Gavrilo Princip avait tué l’archiduc François Ferdinand d’Autriche,  ce qui marqua le début de la première guerre mondiale,  et ce conflit en Europe a surtout impliqué la Yougoslavie, la Serbie et la Croatie et commença, quand  l’armée serbe attaqua la Bosnie-Herzégovine le 6 avril 1992.

Après la dislocation de la République socialiste de Yougoslavie, les arrivées au pouvoir de SlobodanMilosevic en Serbie en 86, et de Franjo Tudjman en Croatie en 90, n’arrangèrent rien. En 1991, la Slovénie et la Croatie déclarèrent leur  indépendance, Après un rapide conflit en Slovénie vite éteint, l’armée populaire yougoslave  sous commandement serbe, et les serbes de Croatie, attaquèrent la Croatie. Mais la Bosnie ne voulut pas participer à ce conflit et déclara  son indépendance qui fut reconnue par la Communauté européenne. Comme la République Serbe de Bosnie dirigée par Radovan Karadzic.

Et entre 1992 et 1996, la capitale de Bosnie-Herzégovine, encerclée par l’armée serbe dut subir un siège insupportable de plus de mille jours, ce qui causa la mort de quelque 10 000 habitants, et la ville fut en grande partie détruite. Les accords de Dayton aux Etats-Unis  alors sous la présidence de Bill Clinton, et signés en décembre 1995 à Paris, mirent fin au conflit. Un système de gouvernance tripartite complexe conserva l’intégrité de la Bosnie,  avec une large autonomie aux entités croato-musulmane,  et serbes…

Voici vite résumée, l’histoire de cette tragédie compliquée que Julie Bertin et Jade Herbulot ont eu à cœur de raconter avec leur bande, issue comme elles, du Conservatoire national. Il y a dans ce gymnase surchauffé, une grande scène où Camille Duchemin a imaginé une belle et intelligente scénographie. Avec en bas, une rue avec façade d’immeuble, et en haut, une table de réunion pour les principaux dirigeants dirigeants concernés qui se réunissent régulièrement sans trouver de solution à cette interminable guerre.  « Comment, se demandent les metteuses en scène, embrasser cette histoire qui n’est pas tout à fait la nôtre, en la transformant en récit ? ».
Nous avions vu en avril dernier, une sorte de préfiguration commune de Memories of Sarajevo et des Ruines d’Athènes, dont nous parle Stéphanie Ruffier, à la Péniche La Pop à Paris. Très prometteuse, cette union de deux thèmes politiques, sous forme d’un cabaret avec quelques musiciens, avait quelque chose de ludique, et laissait augurer le meilleur mais nous avions émis une réserve. Avec une équipe plus importante, elles en préparaient les formes complètes mais autonomes pour le festival d’Avignon. Nous précisions que, si ces formes n’étaient pas trop longues et si elles avaient la même force et le même humour, elles devraient faire un tabac.

 
Malheureusement, ici, point de tabac, car aucune force, et pas de trace ou si peu d’humour, au rendez-vous! Certes le spectacle propre sur lui, a bien été organisé et ces jeunes acteurs sympathiques ont tous une bonne diction, ce qui est quand même le minimum syndical. Mais pour le reste, quel ennui, quelle tristesse sur le plan théâtral, quelle platitude!
D’abord à cause d’une dramaturgie indigente; là où il aurait fallu le talent d’un bon scénariste et d’un bon dialoguiste, on ne trouve qu’un déroulé tiédasse et fastidieux du siège de Sarajevo… et bavard, essentiellement sous forme de monologues ou de récits. Même quand on a suivi presque chaque jour, cette guerre interminable, on n’arrive mal à en comprendre le pourquoi:  ici, trop vite mal expliqué mais aussi mal dramatisé. Et où les personnages principaux chefs de gouvernement ne sont que des silhouettes… assumées par des hommes ou des femmes, c’est selon.

Bref, un bon documentaire clair et précis aurait mieux fait l’affaire. On peut aussi se demander si en fait, ce n’était pas une  fausse bonne idée que de porter à la scène une guerre aussi compliquée… Il n’y a aucune progression dramatique, et régulièrement, s’affiche en vidéo, le nombre de jours que dure le siège, ce qui n’arrange pas les choses. D’autant que cet interminable récit dure plus de deux heures! On est sidéré par ce défaut de dramaturgie-qu’on avait déjà remarqué dans le premier opus de cette tétralogie Berlin, qui avait, par ailleurs, de réelles qualités (voir Le Théâtre du blog) mais auquel on pouvait remédier. Et pourtant ces jeunes metteuses en scène ont été élèves du Conservatoire national. Là, on ne comprend pas!

En fait, ce qui était réussi et charmant avec un cabaret un peu plus d’une heure, devient d’une rare prétention et assez foutraque en plus de quatre heures et en deux épisodes! Dommage!  Notre amie Stéphanie Ruffier n’est pas non plus sortie bien joyeuse de la dernière partie… Il y a pourtant une scène poignante, repérée aussi par un mien confrère, où les malheureux habitants de Sarajevo se réunissent dans les ruines d’un immeuble pour mettre en commun quelques portions alimentaires et essayer de les faire cuire avec ce qui reste de morceaux de bois récupérés dans les appartements abandonnés. Tout d’un coup, dans cet océan d’ennui, il se passe enfin quelques chose et on sent toute la détresse de ces hommes et femmes, crevant de faim, malheureux depuis deux ans et qui, malgré tout, arrivent à survivre. Ils parlent vraiment entre eux, loin de cette sèche et fastidieuse litanie d’événements.
A la fin, avec la réunion au sommet des principaux dirigeants impliqués dans cette guerre, il y a quelques beaux instants. Mais sur plus de deux longues heures le spectacle ne tient pas la route, et nous n’avons donc aucune raison de vous le conseiller.

Philippe du Vignal

 Gymnase Paul Giéra jusqu’au 15 juillet.


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