La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène de Paul Desveaux
Décidément La Cerisaie n’a pas trop de chances cette saison: après la mise en scène très médiocre de Julie Brochen, on a eu droit à quelque chose d’aussi inutile: celle de Paul Desveaux que l’on a connu plus inspiré.
Dès l’entrée dans la salle, nous avons été saisi par un mauvais pressentiment… Soit une scénographie d’amateur conçue par Paul Desveaux lui-même: un plancher à grosses planches non fini ou déjà défait avec, dans le fond, un mur en ruine (bonjour les symboles!) avec une petite galerie. On y monte par un escalier étroit et viendra y dormir Lioubov; c’est aussi l’endroit où on remise les valises et les malles. Côté cour, une armoire, la fameuse armoire de la chambre des enfants, un vieux canapé au bois doré, avec, à côté, une bergère. et un arbre avec des branches sans feuilles, façon cubiste planté là pour donner du sens aux scènes qui se passent à l’extérieur… Plus loin, côté cour, la table de la salle à manger mais on ne sent ni le froid ni l’aube et tout est sec comme un coup de trique. Et l’on ne sent évidemment pas non plus la présence même lointaine de cette cerisaie en fleurs qui est, que l’on le veuille ou non, le symbole de la pièce.. Tous les personnages sont en costumes contemporains. Pourquoi pas, même si les jeunes femme sont habillées de robes d’été… Mais ce n’est pas cela qui peut faire sens, quand les enjeux mêmes de la pièce sont comme gommés et réduits à quelques images qui ne sont fondées sur aucune dramaturgie. Quant à la direction d’acteurs, là, très franchement, on ne comprend pas bien ce que Desveaux a voulu faire: ni Christophe Grégoire ni Océane Mozas que l’on sent pas très à l’aise, ne sont Lopakhine et Lioubov. Et peu crédibles. Alors, dans ces conditions, il n’y plus qu’à tirer l’échelle comme disait Molière. Tout est mou: le spectacle s’étire sans rythme, fade et pâlichon et même les scènes-culte (comme l’annonce de la vente de la cerisaie ou le dernier dialogue entre Lioubov et Lopakhine) sont ratées. Que sauver de ce désastre? La scène du bal peut-être, bien chorégraphiée par Yannick Iatridès où tout d’un coup quelque chose se met à vivre dans cette triste chose. Et il y a aussi la belle présence de Jean-Claude Jay qui joue Firs, le vieux serviteur. Dès qu’il apparaît sur le plateau, c’est un peu de ce temps tchekhovien, si cruellement absent pendant ces quatre actes, que l’on retrouve pendant quelques minutes. Pour le reste.. autant en emporte le vent dans les branches de cette cerisaie invisible… Alors à voir? Non, surtout pas; ce ne serait pas honnête de vous recommander cet erzatz de Tchekhov… Revoyez plutôt chez vous dans le silence et un (tout petit) verre de vodka à la main La Cerisaie de Peter Brook et/ou celle de Giorgio Strehler, impeccables de vérité, deux monuments tchekhoviens du XX ème siècle dont les images sont encore présentes dans la mémoire de tous ceux qui les ont vues. A chaque fois que nous les avons montrés à de jeunes étudiants qui n’en avaient jamais entendu parler, ces mises en scène ont provoqué leur admiration plus de vingt après. C’est un signe qui ne trompe pas…
Philippe du Vignal
Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, Paris (VIII ème) jusqu’au 11 décembre.
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