Une heure avant la mort de mon frère, de Daniel Keene, traduction de Séverine Magois, mise en scène d’Antoine Marneur
Une heure avant la mort de mon frère de l’auteur australien Daniel Keene, esquisse, avec patience et retenue, la confrontation tragique entre un frère et une sœur, dont l’issue est annoncée comme fatale.
Il ne reste plus en effet à vivre qu’un temps sec et haché à ce condamné pour meurtre qui attend dans le parloir l’heure ultime, la dernière concédée avant l’exécution, en compagnie de sa sœur pour un entretien salutaire qui se voudrait réparateur pour les deux parties.
Antoine Marneur, familier de l’œuvre de Daniel Keene dont il a monté Quand la nuit tombe soit deux pièces courtes (Deux Tibias et Nuit, et Un mur, deux hommes), poursuit ici son voyage dans cet univers d’intimité et d’humanité, citant l’auteur: «Je veux que les personnages de mes pièces hissent leur âme à la surface de leur peau. Je veux que leur vie intérieure naisse et soit portée dans chaque geste, dans chaque parole et dans chaque silence. » Le frère et la sœur se souviennent avec émotion de la part d’enfance partagée chez leurs parents.
Une mère trop tôt disparue et un père alcoolique, incapable de protéger ses enfants qui trouvent refuge dans l’expérience bouleversée d’une même existence attristée. Dans un échange spontané de belle réciprocité, ils se rapprochent plus qu’il ne faut, à la vie à la mort, partageant le même sentiment d’amour. Mais ils ont coupé depuis longtemps avec cette aventure incestueuse dont la sœur voudrait bien voir son frère l’admettre et la reconnaître enfin ; ce qu’il refuse.
La scénographie et la création graphique de Garance Marneur sont à la fois subtiles et claires, cultivant la froideur particulière et aseptisée de ces instants uniques hors temps, basculant lentement sur la pente irréversible des passions originelles. Le frère et la sœur ont une enfance perdue commune, mais leurs sensations, impressions, dimension onirique de leur imaginaire diffèrent.
D’où malentendus, quiproquos, porte-à-faux et scènes inévitables de dépit. Or, leur aventure existentielle respective n’en rayonne pas moins de cette passion puissante et dévastatrice qu’on ne pourra jamais plus leur dérober ni leur interdire.
Il fallait des interprètes de grande envergure pour affronter ces rôles tragiques qu’ils dansent parfois (chorégraphie de Cécile Loyer). Élévations vocales et cris, Sophie Neveu cultive une tension et une acuité douloureuses, emportée au-delà du contrôle des émotions hypersensibles.Francis Ressort, lui, s’attache avec une force grave et retenue à l’innommable.
Véronique Hotte
Théâtre Girasole, jusqu’au 26 juillet à 12h20.
Le texte de la pièce est publié chez Lansman.
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