Le Mariage de Figaro

FESTIVAL D’AVIGNON

Le Mariage de Figaro, de  Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, mise en scène d’Agnès Regolo

 

Surtout, ne pas se fier à l’affiche un peu falote. Pour célébrer ce mariage, Agnès Regolo a choisi le parti pris de la gaieté ! Ici, on s’amuse du pire dans un rire libérateur. La folle journée qui contrarie sans cesse les noces du célèbre valet et de Suzanne prend des allures de bal rock and roll en costumes d’époque.
  Sur le plateau, tous les personnages semblent atteints de la danse de Saint Guy : ça va, ça vient, se trémousse, se faufile et fuit. Almaviva, lassé de sa belle comtesse, aimerait bien goûter à sa domestique, malgré sa prompte abolition du droit de cuissage. Mais ce serait sans compter sur la solidarité féminine ni les astuces de Chérubin, le chéri de ses dames, qui participe à tous leurs tours de passe-passe.
L’ambiance sur le plateau est électrique. Les désirs poussent à toutes les audaces et le saut par la fenêtre de Chérubin prend des allures de plongée dans le public des stars de rock, tandis que Suzanne échevelée a parfois des airs de Nina Hagen.
Le plaisir qu’a cette troupe à jouer cette célèbre pièce est lisible : elle part au joyeux combat et hisse le pavillon politique. Le texte sonne et les actes se succèdent à un rythme effréné, au gré de menus changements de décor, ingénieux et symboliques : succession de tableaux d’époque au lointain, métamorphoses du fauteuil central, et sapins qui gagnent du terrain, comme les désirs les plus primitifs.

   Bordant les coulisses, à cour comme à jardin, les servantes, ces lampes de service  quand il n’y pas de représentation sur scène, servent ici de micro occasionnel pour des lamentos ravageurs, et surlignent la trame politique. Nous redécouvrons avec surprise et délectation les accents féministes du plaidoyer de Marceline, tout comme le fameux monologue de Figaro, le plus long du théâtre français. La Révolution française, toute proche, semble en embuscade.

  La scénographie relativement dépouillée, presque artisanale, alliée à un jeu vivifiant sert un texte qui a encore à dire sur le monde qui est le nôtre : les hommes et les bien-nés imposent leur loi, font plier la justice et leur maisonnée à leurs besoins.
  On sent la marque d’une metteuse en scène en belle intelligence avec le texte comme avec ses fidèles comédiens (mention particulière à Kristof Lorion et Sophie Lahayville).
Le sens est là. Nul besoin de recourir à de grands effets, la magie opère.
  Mise en scène trop agitée ? Nous y voyons plutôt un hommage à Lou Reed et à son A walk on the wild side.

 

Stéphanie Ruffier

 

Théâtre des Halles, jusqu’au 26 juillet, 14h. Relâche le 14.

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