Play House de Martin Crimp, traduction de Rémy Barché et Caroline Chaniolleau, mise en scène de Rémy Barché
On connaît bien maintenant chez nous l’œuvre théâtrale de cet écrivain anglais que l’on présente souvent comme le descendant d’Harold Pinter. Mireille Davidovici vous avait parlé de ce spectacle couplé avec La Ville du même auteur ( voir Le Théâtre du Blog) en novembre dernier, et qui est aujourd’hui repris au Théâtre de Belleville, avec les mêmes acteurs et dans la même mise en scène.
Comme dit notre consœur et amie: “En treize courts sketches : Se brosser les dents, Nettoyer le réfrigérateur, Appareil mobile numéro 1, Post-coïtum, etc… ce sont des instantanés de la vie d’un très jeune couple entre les quatre murs de leur nouvel appartement où quelque chose de pourri, de moisi, s’insinue, à l’image de leur réfrigérateur qu’ils récurent énergiquement. Les miasmes de l’extérieur, les blessures intimes, et les lourds non-dits contrecarrent leur amour”.
Rémy Barché sait mettre en scène les délires d’un grand amour qui doit aussi être vécu au quotidien, ce qui est moins facile, et la rapidité de jeu, qu’impose cette série de treize sketches, empêche les situations et donc l’ennui de s’installer. Le metteur en scène dirige avec efficacité Myrtille Bordier et Tom Politano, deux jeunes acteurs sympathiques et qui font très correctement le boulot.
Mais c’est le texte de Martin Crimp qui, pour nous, pose question: le thème du grand amour usé par la routine de la vie, même quand on est encore jeune et beau comme Katrina et Simon, (qui seront les Clair et Cristopher moins jeunes et moins beaux dix ans plus tard dans La Ville) n’est pas très nouveau, et rien à faire, on n’accroche pas vraiment . Même si on ne s’ennuie pas durant ces cinquante minutes.
“ J’ai une relation d’amour-haine avec le théâtre conventionnel, dit Martin Crimp. Je détruis la pièce à mesure que je la construis. L’étrangeté gagne aussi parce que je me laisse tirer par le fil de l’inconscient”. Tout se passe en effet si Martin Crimp (dont ce n’est pas, et de loin, la meilleure pièce) s’amusait comme un petit fou à faire monter en neige une scène pour la casser quelques minutes après. Et, au bout du cinquième sketch de ce Playhouse, cela commence à ressembler à un procédé un peu facile.
Quand la pièce était présentée avec La Ville été écrite peu de temps après, elle pouvait avoir un véritable sens. Comme le reconnait le metteur en scène: “Bien que chacune d’entre elles soit indépendante et autonome, les deux pièces dialoguent intensément”. Mais Playhouse, présentée seule, qui tient de ce que l’on appelait autrefois un lever de rideau, n’est quand même ni assez dense ni assez forte pour que l’on vous conseille de grimper jusqu’à Belleville pour cinquante minutes… A moins d’être absolument fanatique du théâtre de Martin Crimp! Donc à vous de voir.
Philippe du Vignal
Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du Temple jusqu’au 26 juin. T: 01 48 08 72 34
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