Simon la Gadouille

Simon la Gadouille  une pièce imaginée par Rob Evans, Andy Manley et Gill Robertson, texte de Robert Evans, traduction de Séverine Magois, mise en scène  d’Arnaud Anckaert

 C’est d’abord une  chose tout à fait insolite dans le théâtre pour enfants:  Simon la Gadouille est un monologue, une sorte de conte empreint de tendresse et un peu dur,  en une heure qui retrace l’histoire de deux  enfants  devenus inséparables, Martin et Simon; ils s’étaient jurés de rester amis pour toujours mais dont l’amitié s’est bêtement brisée. Avons-nous vingt ans après, encore deux, voire  un seul copain de l’école primaire?
“Des gamins qui hurlent, mamie est assise, maman inspecte le rayon parfums, vaporisant des nuages de Chanel N° 5, déjà en vacances. Tous attendent d’embarquer. De s’envoler loin, ailleurs. Personne ne remarque ces deux hommes. Sauf la femme de ménage. Lavant le sol. Elle les voit marcher l’un vers l’autre. Deux paires de chaussures. Celles en cuir verni blanc qui ont fait tout le chemin depuis Los Angeles et celles en daim brossé marron qui ont fait le chemin depuis Édimbourg. Marchant. Comblant la distance. Sur le point de se rencontrer. Pour la première fois depuis trente ans… »

Martin est un nouvel élève dans l’école de Simon. Ils font connaissance  et deviennent vite inséparables.  Il sont dans la classe de M. Truman. Martin est assez fort au football. Simon, lui pas vraiment mais il n’a pas d’autre ami que lui. Mais il dessine de mieux en mieux.
Il va tomber dans la gadoue, les autres se moquent de lui et l’appelleront aussitôt Simon la gadouille. Martin  se détachera petit à petit de son ami pour être copain avec les autres. Martin est devenu capitaine de l’équipe de foot. Et ils ont remporté le championnat. »

  « Simon lui a eu un de ses dessins publié dans le Evening Times. Un dessin humoristique où l’on voyait un lampadaire faire pipi sur un chien. Et qu’on lui a payé 10 £. Ils se croisaient dans la rue quelquefois. Sur le chemin de l’école. Sur leur dernière photo de classe, Martin se tient entre Stuart et Colin. Meilleurs copains. Simon se tient au fond. Le dernier jour de l’année, monsieur Truman leur dit à tous : « Donnez le meilleur de vous- mêmes. Travaillez dur. Soyez la fierté de l’école. » Tout le monde se dit, oui, oui, promis. Et voilà. Fin de l’école primaire. »
Ils deviendront adolescents puis adultes. Mais c’est curieux la vie, un jour, Martin croit voir à un feu rouge le visage de  Simon dans une voiture.  Encore sous le choc, rentré chez lui, il tape le nom de son ancien ami. Rien!
Quand, pris d’une soudaine mais efficace intuition, il tape Simon la Gadouille et, miracle, il trouve aussitôt : Simon est à la tête d’un orchestre rock à Los Angeles; Martin lui écrit, Simon lui répond, et ils vont bientôt se retrouver dans un aéroport… La pièce débute et finit par cette rencontre qui va avoir lieu…

Mais  Robert Evans laisse astucieusement aux enfants le soin d’imaginer la suite. La pièce se termine mais ne finit pas… Brève rencontre, ou retrouvailles à nouveau pour la vie, régulièrement , ou  rendez-vous fugitifs, juste  le  temps de se recroiser dans un aéroport, de  se parler au téléphone,  ou  de s’envoyer sans trop d’illusions,  un courriel? Leurs femmes et enfants, s’ils en ont, connaîtront-ils un jour le vieux copain de leur papa?
  Le texte de Robert Evans est d’une rare simplicité mais très efficace auprès des enfants, et il parle avec une grande simplicité du courage quand on est enfant face aux autres, mais aussi du remords qui vous prend ensuite plus âgé de n’avoir pas été à la hauteur de la situation quand on était encore gamin, puisqu’il sait leur parler de leur univers: l’école, de leur amitiés naissantes ou déjà existantes, et des adultes qu’ils deviendront un jour? Les prénoms sont tous anglais bien sûr, mais Judith Montgomery, Sharon McGuinness et Colin Maxwell, mais cela n’a pas l’air de les surprendre et ajoute même un certain exotisme tout à fait favorable à l’énonciation d’un conte. Enfin, on voit cela comme cela, de notre hauteur de grand-père…
  La mise en scène d’Arnaud Anckaert est comme toujours d’une absolue rigueur. Rien d’autre sur le plateau que deux banales chaises d‘école,  et dans le fond de la salle, un autre petite scène couverte d’herbe synthétique où officie Benjamin Delvalle qui soutient certains moments du texte à la guitare électrique et  lance la bande-son.
Les enfants sont assis pour la plupart sur des bancs en arc-de-cercle ou sur des gradins. François Godart,  comédien qu’on avait déjà vu dans les autres mises en scène d’Arnaud Anckaert est impeccable, et assure à la fois le  récit et tous les rôles comme dans un conte. 
Silence absolu dans la salle : les enfants écoutent avec une rare attention et sont très sensibles à cette histoire un peu triste (à peine une heure), qui, en même temps, laisse la porte ouverte à l’espoir. Et il y a eu un très beau moment après le spectacle, quand Arnaud Anckaert a demandé si les enfants avaient des questions à poser. Un petit garçon  a demandé pourquoi la fin était pareille que le début ! Un autre  (huit ans au garrot maximum) a dit aussi d’une voix douce : «Comment fait le comédien pour garder tout le temps une telle émotion avec une histoire triste comme celle-là ».
  Voir un spectacle aussi juste et aussi émouvant, et entendre de telles phrases, il y a des jours comme cela à marquer d’une pierre blanche, et cela valait le coup d’aller à Béthune… Simon la gadouille est un spectacle qu’il est mieux de voir,  disons à partir de huit ans, guère avant mais les adultes le savoureront aussi.       

 Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé à la Comédie de Béthune, dirigée maintenant par Cécile Backès, dans le cadre du festival  jeune public Artimini, les 17 et 18 avril.

Le Bateau-Feu, Scène Nationale de Dunkerque du 13 au 17 octobre. Le Grand Bleu à Lille du 9 au 14 novembre. Théâtre Dunois à Paris du 1er au 13 décembre. Festival Momix à Kingersheim entre le 27 janvier et le 8 février 2016 (à confirmer) et Phénix/ Scène Nationale de Valenciennes du 10 au 12 mai 2016.

 

 

 


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