Festival d’Avignon off
Aujourd’hui, demain ce sera hier de Philippe Dorin
L’écriture de Philippe Dorin fait merveille dans le monde du théâtre jeune public, et ses pièces ont été souvent mises en en scène par Sylviane Fortuny; on se souvient d’Abeilles, habillez- moi de vous, ou de Sœur, je ne sais pas quoi frère. La compagnie Picarde Ca va aller a travaillé en étroite collaboration avec l’auteur et les habitants de Tergnier pendant près de trois ans pour présenter ce texte.
Un homme vient s’installer sur une chaise à l’avant-scène et nous propose un défi peu commun : nous ennuyer ensemble cinq minutes, les mauvaises langues diront que ça arrive bien souvent au théâtre ! Puis s’ensuit une série de situations avec deux autres personnages : le copain un peu allumé, la femme fatale qui demande de l’aide pour
attacher sa robe et la petite famille dont il va se retrouver le père.
On retrouve là les habitudes d’écriture de Philippe Dorin : de nombreux jeux sur le langage (le titre ici en est l’illustration), l’évocation de la famille et surtout, le temps qui passe et la journée d’un personnage découpée par les repères du repas de midi et de l’homme dans la télé qui donne les nouvelles du monde avec un grand sourire.
Les personnages, comme souvent chez Dorin, n’ont pas de prénom, ils sont le père, la mère, l’enfant. Ils surgissent et se retrouvent au milieu d’actions parfois farfelues et un peu absurdes, et contribuent à faire de ce théâtre, un objet de drôlerie pour les enfants , et d’intérêt pour les plus grands.
Yann Berthelot, le personnage principal, joue malgré une grande atèle à la jambe et une béquille, et son rictus au moment du salut laisse penser qu’il est réellement blessé, mais son jeu prend très bien en compte ce handicap, bravo à lui. Il est bourré de mimiques et d’expressions grimaçantes qui ne sont pas sans rappeler Patrice Thibaud.
La mise en scène s’adresse particulièrement aux enfants par son rythme, ses couleurs, ses courses poursuites et par le jeu des comédiens un peu extravaguant et la musique très emballée. Un système de trois panneaux avec des stores est manipulé dans tous les sens et dans toutes les positions et permet aux acteurs d’y faire des ombres où se cacher .Les adultes, eux s’arrêteront plus sur le texte qui regorge de jeux sur le langage et qui amène en douceur, chose rare, des questionnements philosophiques sur le temps qui passe, la mort ou la famille.
Voilà un spectacle qui déclenchera réactions et discussions chez les plus jeunes, et qui devrait intéresser les enseignants Une belle proposition pour enfants pas trop petits, afin qu’ils puissent goûter aux subtilités nombreuses du texte, et aux adultes qui n’ont pas enfoui leur part d’enfance !
Julien Barsan
Espace Alya jusqu’au 27 juillet, à 11h35 les jours impairs.
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