Macbeth

Macbeth

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois.

 

On connaît l’histoire : il était une fois Macbeth, vaillant et loyal chevalier, qui, au retour de la victoire, croise sur sa route trois sorcières, trois chimères. La première lui dit qui il est, la seconde le salue du nom de Cawdor, la troisième lui prédit qu’il sera roi. En récompense de ses services, le roi Duncan le fait lord CawdorAinsi, le vrai plaidant le faux, Macbeth, aveuglé par la logique de la tentation, poussé par l’ambition passionnée de sa femme, se résout à tuer le roi.
Le premier meurtre en appelle d’autres, en cascade, et la tragédie se déroule, inéluctable. Il aurait pu en être autrement : à l’ami Banquo, les sorcières ont prédit qu’il ne règnerait pas mais qu’il engendrerait une lignée de rois ; Banquo, lui aussi tenté, n’essaie pas de donner un coup de pouce au destin, sous prétexte d’accomplir les prédictions. Il en meurt, mais hantera à jamais Macbeth. On est ébloui par le génie de Shakespeare, une fois de plus, et par la triple réflexion sur le pouvoir qu’il y a dans la pièce.
Dans le désordre – c’est le cas de le dire – : le pouvoir des forces obscures dans l’homme (les sorcières de la nuit), l’absolue volonté de puissance, l’ivresse de la domination. Cela pour le « tu seras roi ».
Ensuite, le pouvoir érotique : Macbeth et sa Lady sont liés dans le crime comme dans un acte d’amour, mêlés, femme virile et homme sensible, “féminin“. Cette féminité,  du reste, est fortement contestée par Lady Macbeth qui  ne se gêne pas pour prouver à son époux que ce féminin est d’une autre trempe.
La troisième méditation sur le pouvoir n’appartient pas au couple Macbeth : c’est Malcolm, l’héritier légitime, miraculeusement rescapé, qui nous la donne, en mettant à l’épreuve le fidèle Macduff : l’héritier légitime l’est-il, s’il se comporte en tyran ? Si jeune, il a déjà les accents de Prospéro : le monde est une scène et la vie est un songe.
On doit à la mise en scène d’Anne-Laure Liégeois la clarté du récit, et des analyses qu’on peut en faire. Et cela dans une juste pénombre, qui ne voile rien : Macbeth a tué le sommeil, Macbeth a fait du jour, la nuit. Dans une scénographie simple et efficace qu’elle a conçue elle-même avec Alice Duchange, la narration va au galop, les comédiens emportant les débris de la scène passée : après un début qui manque un peu d’énergie, les deux heures quarante du spectacle passent comme l’éclair.
Les partis pris sont tout aussi nets : les costumes d’aujourd’hui fonctionnent parfaitement avec les accessoires ( épées, etc…), les sorcières sont de splendides jeunes filles nues, assez sûres de leur puissance érotique pour en rire (et assez malignes pour suivre Macbeth dans son palais sous la forme de discrètes servantes), le roi Duncan est bon homme et bonhomme, et Malcom (fils de…) a l’air de sortir de Sciences-Po.
Ces choix-là n’ont rien d’iconoclaste: il y a d’ailleurs  longtemps que l’on n’a plus d’icône, dans la façon de monter Shakespeare, et les comédiens sont formidablement efficaces. Macbeth et sa lady, (Olivier Dutilloy et Anne Girouard, comédiens aguerris de la bande d’Anne-Laure Liégeois), montent en puissance et creusent en profondeur, comme il se doit, au fur et à mesure de la pièce, dans le sang et la boue pour le guerrier, et dans la maladie pour sa femme.
Ils sont, tous les deux, poussés par des bouffées de musique saturée, et bousculés par une  troupe dynamique de  jeunes acteurs qui, tout juste sortis de l’Ecole, ont, dans les petits rôles, une présence vive, directe, et très savoureuse. Car cette histoire abominable ne manque pas d’une certaine pudeur, et c’est peut-être la limite du spectacle : celle de l’humour.
Ce qui donne une bande dessinée forte et cruelle, bien vivante, bien d’aujourd’hui.

 Christine Friedel

 Théâtre 71 à Malakoff.  T : 01 55 48 91 00, jusqu’au 14 février, et, ensuite en tournée.

 


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