Stabat Mater

Stabat Mater
D’Antonio Tarantino
Mise en scène Éric-Gaston Lorvoire

 

1266403668affiche300.jpg     Une Marie moderne souffrant le martyre du Christ, c’est le Stabat Mater médiéval dans le prisme plein d’ironie d’Antonio Tarantino.
Une Marie qui se réfléchit en fille-mère, ex-prostituée, alcoolique vivant dans une HLM au cœur de l’Italie traversée par le Pô, à la recherche de son Jésus de fils unique. Ne jetez pas trop vite la pierre. Dans son appartement misérable, la fumée de cigarette cache la pacotille des cierges et des icônes. Il y a ce Jésus-Christ dans un cadre entouré de roses, dont on ne mesure pas encore toute la signification. Et la petite Vierge dans sa grotte de Lourdes s’illumine au moment où, sur le mur, la guirlande se met à scintiller, renvoyant à ce cœur qui bat, le cœur d’une femme terriblement vivante, douloureusement fière, à la présence incomparable. Ici, l’indigence résonne dans la table en formica comme dans les espadrilles de toile rose. Marie alterne le café au cognac et le cognac seul, les cigarettes et les histoires de fesses ou de jalousie. Elle attend Jean, le maq’, père de son fils et obsédé sexuel notoire, Madeleine l’amoureuse de son fils. Qui pourrait lui donner des nouvelles de Jésus qu’elle a élevé seule ? Apparemment, pas l’employée de mairie, ni le commissaire Ponce, ni le Père Aldo. Or Jésus a disparu avec un revolver, et Marie imagine le pire car il s’est entiché de politique, et fait même partie d’une bande. Et ces rendez-vous qui n’arrivent pas. Marie fait les cent pas et tourne en rond, mouvant ce corps massif, incandescent mais plein de grâce. Elle ressasse son inquiétude dans une gouaille faite de grossièretés, une verve emplie de pauvreté et de poésie. La poésie, c’est cet art pour lequel était doué le fils disparu, c’est également ce qu’on trouve dans les chansons elles aussi faciles et pleines de promesses non tenues, comme Domenico Modugno entonnant « Volare, oh oh, cantare ho ho hoho… ».

Petit à petit, le spectateur reconstitue le puzzle de cette histoire, le destin de cette Vierge brossé à grands traits. Annie Mercier à son meilleur incarne brillamment cette femme simple, démunie mais terriblement attachante. Finalement, dans ce spectacle, c’est peut-être moins l’ironie qui se dégage que la compassion du dramaturge pour sa créature blessée et révoltée.
Et la nôtre avec lui.

Barbara Petit

Au théâtre Le Lucernaire jusqu’au 15 mai à 21h30 du mardi au samedi.


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