Qui est Monsieur Schmitt de Sébastien Thiery, mise en scène de José Paul et Stéphane Ortega.
C’est un salon/salle à manger d’un appartement bourgeois. Monsieur Bélier , ophtalmologiste de son état et son épouse Madame Bélier dînent calmement en tête à tête. Mais le téléphone sonne… Bizarre, puisque les Bélier ne sont pas abonnés au téléphone, et que l’on demande un certain M. Schmitt.. Bien entendu, M. Bélier répond qu’il n’est pas ce M. Schmitt.
Les ennuis vont donc commencer, puisqu’ils s’aperçoivent que le portrait de la mère de monsieur a fait place à une grande photo de berger allemand, et que les livres ni les vêtements ne sont les leurs. Quant à la porte, de l’appartement qui s’ouvre sur le couloir (?), elle refuse de s’ouvrir: ils seraient donc enfermés à clé dans l’appartement de quelqu’un d’autre qui serait aussi le leur?
Tout cela, dès les premières minutes, manque totalement de vraisemblance qui, paradoxalement, est la condition sine qua non, quand on veut rendre crédible une situation absurde! Le moindre réalisateur américain de séries télé sait cela depuis l’Université! M. Bélier va s’apercevoir en fouillant dans une caisse de papiers qu’il est bien chez Monsieur Schmitt, dermatologue , et décide d’appeler la police. Un agent se présente donc et lui intime l’ordre de décliner sa véritable identité; M. Bélier va commencer à mentir et à se considérer comme M. Schmitt. Jusqu’au moment où un psychiatre viendra l’examiner sur ordre de la police….
On l’aura deviné: il s’agit d’une comédie sur la perte d’identité et l’absurdité d’un monde sans repères où la folie et la descente aux enfers ne sont pas loin. Sommes-nous bien les êtres que nous nous imaginons être ou bien ceux que les autres voient en nous? Tiens, tiens, cela rappelle quelque chose… « Comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence » disait Ionesco dans La Cantatrice chauve d’illustre mémoire. Il avait ainsi créé des personnages Monsieur et madame Smith qui accueillent un couple d’amis, les Martin: l’homme et la femme ne se connaissent pas et pourtant découvrent qu’ils habitent la même rue, le même immeuble, le même appartement et qu’ils dorment dans le même lit donc qu’ils sont mariés ensemble.
Oui, mais Sébastien Thiéry n’a pas, mais pas du tout , la fibre de ce comique absurde qu’avait admirablement mis au point Eugène Ionesco et il dit lui-même avec beaucoup de lucidité qu’il n’est pas « un grand auteur mais un auteur « gentillet ».
Effectivement, le scénario de sa pièce est des plus faibles, pour ne pas dire inexistant, les personnages sont transparents et peu crédibles, les situations jamais exploitées, les dialogues d’une platitude accablante ; quant à la mise en scène , elle est sans aucun intérêt. Et il fallait toute la présence de Richard Berry qui ne semblait pas hier très à son aise pour essayer de sauver ce qui pouvait encore l’être. Mais il y a surtout Raphäelline Goupilleauqui sauve la situation : l’ironie, le second degré, l’intelligence et la sensibilité qu’elle déploie pour donner du corps à son personnage inexistant sont de tout premier ordre!
Chapeau, c’est d’un grand professionnalisme, et c’est une véritable leçon que les jeunes comédiens pourront retenir: comment , dans ce cas-là, faire face courageusement et jouer son personnage comme dans un un grand classique; la comédienne arrive même à tirer quelques rires d’un public un peu endormi par cette soupe fade d’une heure et demi. Et mieux vaut oublier le reste de la distribution : Chuck Ortega et Sébastien Thiéry ne font pas le moindre effort pour être convaincants. Et cela va cahin-caha pendant quatre vingt dix minutes; la vérité oblige à dire qu’une petite partie du public rit par moments. Mais quel ennui, la plupart du temps!
Reste un mystère comme on en voit parfois dans le théâtre parisien : comment Richard Berry, acteur chevronné, a-t-il pu trouver la pièce intéressante? Et, au point de vouloir la jouer? Au point de faire mentionner son seul nom avec celui des deux metteurs en scène sur les tickets d’entrée? Si, si, c’est vrai!!!!! A moins qu’il ne s’agisse d’une garantie contractuelle, puisque les spectateurs semblent bien être venus pour lui? Et pourquoi le Théâtre de la Madeleine l’a-t-elle programmée? On se demande aussi comment le spectacle a pu tenir pendant plusieurs mois! Surtout, quand les places sont de 22 à 57 euros ( sic). La crise, visiblement, n’atteint pas un public sans doute peu exigeant, et d’une rare indulgence. Enfin, comme les représentations vont bientôt finir et que vous n’irez sûrement pas, alors autant en emporte la bise et la neige de janvier..
Vous me répliquerez sans doute: pourquoi vous être aventuré jusque là, pour voir pareille niaiserie? Parce que on nous l’a proposé à la dernière minute et que traverser tout Paris comme prévu ne nous tentait pas, vu la température et pour découvrir un auteur que nous ne connaissions pas. Aussi, pour Richard Berry que nous n’avions pas vu sur une scène depuis un moment , et pour revoir Raphäelline Goupilleau qui jouait dans Mathilde l’an passé.
Attendons dans ce même théâtre, Maison de Poupée, mise en scène de Michel Fau avec Audrey Tautou: là, il y aura au moins un vrai texte.. .et un scénario qui tient la route depuis plus d’un siècle.
Philippe du Vignal
Théâtre de la Madeleine jusqu’au 16 janvier.
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