
Festival d’Avignon: Cour d’Honneur, conception et mise en scène de Jérôme Bel.
Le Festival d’Avignon, et, en particulier, une représentation dans la Cour d’Honneur est une drogue dure qui crée un manque en cas de privation prolongée. C’est ce que l’on pense en sortant de l’hommage de Jérôme Bel à ce lieu symbolique, même si il voulait y faire naître peut-être autre chose!
Comme toutes les drogues, le public le paye chèrement, en temps investi, réservations d’hôtel et de billets, et parfois aussi moments passés dans cette célèbre Cour, à avoir froid, à dormir ou à s’émerveiller, pour avoir droit au rêve. C’est d’ailleurs le témoignage bouleversant d’une spectatrice du off qui réveille le spectacle. Témoin sur le plateau, ce soir-là, : « Je ne pourrais jamais, dit-ellen venir dans la Cour d’Honneur; financièrement et culturellement, je n’ai pas le niveau »; cela montre à quel point nous sommes tous complices de ce sectarisme intellectuel et culturel, nous, gens de théâtre, artistes, techniciens, administratifs ou journalistes.
Nous avons notre langage, nos références, ce qui était bien montré dans Le goût des autres d’Agnès Jaoui (2000), alors qu’en même temps, nous entendons en permanence un discours qui prône une ouverture à un vaste public ! Pourtant, l’ambition de Vilar était autre, il suffit d’aller voir l’exposition à la Maison Jean Vilar pour s’en convaincre…
Voilà une piste pour Olivier Py, futur directeur du festival. Au jeu du « je me souviens », il a quand même existé un véritable spectacle grand public et gratuit, oublié par les témoins accueillis par Jérôme Bel. C’était en 90, devant le Palais des Papes, La véritable histoire de France du Royal de Luxe. Plusieurs témoignages touchants se sont donc succédé, en particulier, ceux d’enseignants qui ravivaient leur mémoire, en même temps qu’ils se livraient à une thérapie personnelle.
Quelques scènes rejouées en direct ont été très émouvantes et fortes, l’une des Bienveillantes de Jonathan Litell dit par le comédien polonais, Maciej Stuhr, pour le spectacle (A)pollonia de Krzystof Warlikowski (2009), l’ascension de la façade de la cour jusqu’au sommet, par un des comédiens d’Inferno de Roméo Castelluci en 2008, ou l’intervention d’Isabelle Huppert qui rejouait une scène via skype, (elle est en Australie), de la Médée d’Euripide mis en scène par Jacques Lassalle en l’an 2000.
Un spectateur intervient aussi à cette réunion d’ »anciens de la cour », le docteur Léopold, médecin de service qui veille à rassurer et à soigner si besoin, artistes techniciens ou spectateurs durant ces quelquefois longues heures de représentation…
Ce fut une soirée « entre nous » agréable mais anecdotique, qui nous a aussi rappelé de grands moments d’émotion, en particulier Nelken ou Walzer avec les danseurs de Pina Bausch. La troupe du Tanztheater de Wuppertal, désormais orpheline de sa chorégraphe, est encore bien vivante !
Encore une autre piste pour Olivier Py qui met au point sa future programmation de 2014.
Jean Couturier
Spectacle joué dans la Cour d’honneur du Palais des Papes du 17 au 20 juillet.
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